Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

maître dans le Littré

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maître s. m. (mê-tr')

  1. 1Celui qui commande soit de droit soit de fait. Le maître de la maison. Un maître de maison. Bon maître. Mauvais maître.

  2. 2Particulièrement. Celui qui possède des esclaves.

    • L'esclave n'a qu'un maître : l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune La Bruyère, VIII
    • La raison veut que le pouvoir du maître ne s'étende point au delà des choses qui sont de son service Montesquieu, Esp. XV, 12
    • Il fallut des lois terribles pour établir la sûreté de ces maîtres cruels, qui vivaient au milieu de leurs esclaves comme au milieu de leurs ennemis Montesquieu, ib.
    • Si un maître avait été tué dans un voyage, on faisait mourir ceux qui étaient restés avec lui, et ceux qui s'étaient enfuis Montesquieu, ib. 16
  3. 3Roi, empereur, prince souverain.

  4. 4Celui qui, par la force, entre en possession, en domination. Ayant battu les ennemis, il fut le maître de la campagne. Il resta maître du champ de bataille. Se rendre maître d'une place, d'une province, d'un poste.

    • Se rendre maître de, arrêter les progrès. On ne put se rendre maître de l'émeute.

      • Le jour favorisa les efforts du duc de Trévise ; il se rendit maître du feu ; les incendiaires se tinrent cachés Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
    • On dit dans le même sens : être maître de. Les magistrats furent enfin maîtres de la sédition. Être maître du feu.

    • Fig. Se rendre maître de, acquérir la disposition de, manier, tourner à son gré. Se rendre maître des esprits, des cœurs.

      • On ne leur laisse [aux peuples] plus rien à ménager quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Se rendre maître de la conversation, la diriger sur le sujet que l'on veut.

    • Fig. Il a trouvé son maître, il a trouvé quelqu'un plus fort, plus savant que lui. C'était un querelleur, mais il a trouvé son maître.

    • On dit dans le même sens : voir son maître.

    • Vous êtes mon maître, se dit à celui par qui on a été vaincu dans quelque exercice, à un Jeu.

    • On dit dans un sens analogue : Les Italiens sont nos maîtres en musique. g. Maître se dit de toutes les choses abstraites, intellectuelles, morales dont on dispose comme un maître fait de ce qu'il possède. Être maître de ses passions.

      • On en voit qui ne sont pas toujours maîtres de leur peur LAROCH., Max. 215
      • ....à l'orgueil de ce traître,De mes ressentiments je n'ai pas été maître Molière, Tart. V, 3
      • Ô ciel ! de mes transports puis-je être ici le maître ? Molière, Mis. IV, 3
      • Si j'étais maître de vos disputes, je vous interdirais le mot de Jansénius de part et d'autre Pascal, Prov. 18
      • Il ne fut pas le maître de son émotion Mme de Sévigné, 403
      • Dans le temps que nous voulons la députation pour mon fils, dont apparemment M. de Chaulnes sera le maître cette année Mme de Sévigné, 25 juill. 1689
      • De quels yeux le regardions-nous [Louis XIV], lorsqu'aux dépens d'une santé si chère.... et que, maître de sa douleur comme de tout le reste des choses, nous le voyions tous les jours... ? Bossuet, Louis de Bourbon.
      • De quelle importance, de quel éclat, de quelle réputation au dedans et au dehors d'être le maître du sort du prince de Condé ! Bossuet, le Tellier.
      • Il n'était point à Sparte entre tous ces amants Dont le père d'Hélène a reçu les serments ; Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole, S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole Racine, Iph. II, 3
      • On est maître de la vie des autres quand on ne compte pour rien la sienne Fénelon, Tél. XX
    • Être maître de soi, avoir de l'empire sur soi-même.

    • Cet écrivain, cet orateur, ce poëte est maître de son sujet, de sa matière, il possède bien son sujet, sa matière, et est capable de les bien traiter.

    • Ce chanteur est maître de sa voix, il la dirige avec facilité.

    • Être le maître, être maître de faire quelque chose, avoir la liberté, le pouvoir de faire quelque chose.

    • Absolument. Être le maître ou maître, dominer sans contestation.

  5. 6Propriétaire. Il est maître de cette terre, de ce château.

    • L'œil du maître, la surveillance, la sollicitude du propriétaire.

    • Il trouvera maître, se dit d'un objet de quelque prix, égaré, et signifie : il y aura quelqu'un qui le réclamera ou qui se l'appropriera.

  6. 7Celui qui enseigne quelque art ou quelque science. L'école normale est destinée à former des maîtres. Maître de langue. Maître de langue allemande. Maître de français.

    • Il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie Molière, Bourg. gent. III, 3
    • Son latin et son bon sens le rendent un bon écolier, et ma routine et les bons maîtres que j'ai eus me rendent une bonne maîtresse Mme de Sévigné, 60
    • Nous attendons encore un maître italien Regnard, le Distr. I, 4
    • Combien d'hommes illustres en tous genres n'ont eu d'autre maître qu'eux-mêmes, et n'en ont été que plus grands ! D'ALEMBERT, Éloge de Perrault.
    • Maître ès arts, celui qui avait reçu, dans une université, les degrés qui donnaient pouvoir d'enseigner les humanités et la philosophie.

    • Maître des sentences, surnom de Pierre Lombard, au XIIe siècle, auteur d'un livre qui portait ce titre.

    • Dans les communautés religieuses. Père maître, celui qui dirige les novices.

    • Maître de pension, celui qui prend des enfants en pension pour les instruire

    • Maître d'école, celui qui enseigne aux enfants dans une école publique les connaissances les plus élémentaires.

    • Maître d'étude, celui qui, dans un lycée, collége ou pensionnat, surveille les élèves pendant les heures d'étude et de récréation.

    • Maître de danse ou maître à danser, celui qui enseigne la danse.

      • Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut Molière, Bourg. gent. II, 3
      • Si j'étais maître à danser, je ne ferais pas les singeries de Marcel J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Maître de musique, maître de piano, etc. celui qui enseigne la musique, le piano, etc.

    • Maître de chant ou maître à chanter, celui qui enseigne la musique vocale.

    • Terme de manége. Avoir les pieds en maître à danser, avoir les pointes des pieds trop en dehors.

    • Maître à danser, compas à l'usage des horlogers, dont les branches croisées ressemblent par le bas à deux jambes portant leurs pieds en dehors.

    • Maître de ballet, celui qui dirige l'exécution des ballets.

    • Maître de musique, nom donné au chef de la musique d'un régiment ; il a le grade de sergent-major.

    • Maître de musique, musicien gagé pour composer de la musique ou la faire exécuter.

    • Maître en fait d'armes ou maître d'armes, celui qui enseigne l'escrime.

      • Monsieur, voilà votre maître d'armes qui est là Molière, Bourg. gent. II, 2
    • Maître d'académie, écuyer qui tient un manége.

  7. 8Fig. Celui qui enseigne, instruit, sans être un maître d'enseignement.

    • Jurer sur la parole du maître, suivre en tout et aveuglément les opinions d'un philosophe, d'un savant, d'un chef d'école.

    • Dans un sens très analogue. Le maître l'a dit, c'est-à-dire il n'y a point d'objection à soulever, celui qui a toute autorité sur notre raison a prononcé (c'est une locution qui provient de l'école de Pythagore).

    • Ce qui enseigne, instruit.

      • Le temps est un grand maître, il règle bien des choses Corneille, Sertor. II, 4
      • Il le faut avouer, l'amour est un grand maître Molière, Éc. des f. III, 4
      • Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement, et nous arracher cet aven d'avoir failli qui coûte tant à notre orgueil Bossuet, Reine d'Anglet.
      • Instruit par le malheur, ce grand maître de l'homme Voltaire, Brutus, I, 2
      • Ah ! celui qui a dit que le malheur était le grand maître de l'homme, a dit bien plus vrai qu'il n'a cru : il n'a vu dans le malheur qu'un maître de sagesse et de conduite ; il n'y a pas vu tout ce qu'il est, un plus grand maître de réflexions et de pensées D'Alembert, Tomb. l'Espinasse.
      • Le plaisir et la douleur, voilà donc nos premiers maîtres ; ils nous éclairent parce qu'ils nous avertissent si nous jugeons bien ou si nous jugeons mal CONDILLAC, Log. I, 1
  8. 9Celui qui est savant, expert, éminent en quelque art ou science. Il est maître en éloquence, en poésie.

    • L'autre [Condé], comme un homme inspiré, dès la première bataille s'égale aux maîtres les plus consommés Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ce grand maître de la perfection chrétienne, et qui avait été instruit par Jésus-Christ même Bourdaloue, 10e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 263
    • Principe universellement reconnu parmi les pères et les maîtres de la vie spirituelle Bourdaloue, Exhort. sur l'obéiss. relig. t. I, p. 277
    • Quant à la morale, celui qui a fourni à l'admirable Pope tous les principes de son Essai sur l'homme, est sans doute le plus grand maître de sagesse et de mœurs qui ait jamais été Voltaire, Philos. Déf. de mil. Bolingbr. préf.
  9. 11Aujourd'hui, qualification donnée à des artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc.

    • Maître d'œuvre, l'ouvrier qui commande aux autres dans un atelier.

      • Le vieux [castor] y fait marcher le jeune sans relâche ; Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton La Fontaine, Fabl. X, 1
    • Maître de pelle, garçon boulanger chargé d'enfourner.

    • Terme de pêche. Maître de grave, celui qui, après la pêche de la morue, est chargé de faire sécher sur la grève les poissons dont on veut faire du stockfisch.

    • Ancien terme d'eaux et forêts. Maîtres des œuvres, se disait autrefois de ceux qui étaient chargés des constructions civiles et navales.

  10. 12Maître clerc, celui qui, dans une étude de notaire ou d'avoué, est le premier des clercs.

    • Maître garçon, celui qui est le premier entre ses compagnons dans une maison, dans une boutique, etc.

      • Je suis, dit-il au sergent, le maître garçon de ce cabaret LE SAGE, Diable boît. ch. 7, dans POUGENS
    • Maître valet, celui qui, dans une ferme, est à la tête des domestiques, et dirige l'exploitation sous le propriétaire ou fermier.

    • Maître compagnon, celui qui conduit l'atelier pour le maître maçon et qui le remplace.

    • Tambour maître ou maître tambour, celui qui dans un régiment apprend aux autres tambours à battre la caisse. Il ne faut pas confondre le tambour maître avec le tambour major, qui n'est que pour la parade.

  11. 13Terme de marine. Maître d'équipage, sous-officier qui a autorité sur tout l'équipage.

    • Maître calfat, le chef des calfats.

    • Maître canonnier, sous-officier qui commande aux canonniers et a le détail de tout ce qui touche à l'artillerie.

    • Maître chargé, titre donné à un maître qui a la responsabilité d'un détail à bord ou dans un port.

    • Maître haleur, titre donné dans quelques ports à un homme qui préside au halage des navires que le vent et la marée ne favorisent point assez pour pouvoir entrer dans le port, ou pour en sortir.

    • Anciennement, patron de navire marchand, de navire de transport.

      • Sa Majesté ayant été informée que quelques-uns des officiers subalternes se sont donné la liberté, pendant les campagnes qu'ils ont faites sur les vaisseaux, de frapper et maltraiter les maîtres desdits vaisseaux pour des causes légères ou par pur emportement, et voulant prévenir la suite d'un désordre aussi préjudiciable à son service... Colbert à Vauvré, 1681, dans JAL
    • Maître valet, ancien nom du commis aux vivres ou cambusier.

  12. 14Maître des hautes œuvres, le bourreau.

    • Maître des basses œuvres, celui qui cure les puits, qui vide les fosses d'aisance.

  13. 15Terme de palais et de pratique. Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués et aux notaires. Par-devant maître un tel notaire à Paris.

    • J'ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros ; les gens l'avaient prise Pour maître tel, qui traînait après soi Force écoutants La Fontaine, Fabl. VII, 15
    • Titre qui était porté par tous les membres du parlement français.

    • Maître ès lois, jurisconsulte.

    • Compter de clerc à maître, voy. CLERC, n° 3.

  14. 16Maître se dit familièrement en parlant à des gens de condition peu relevée et en parlant d'eux. Maître un tel, j'ai un mot à vous dire.

    • Que veut dire ceci ? notre maître Simon [un usurier] qui parle à votre père ! Molière, Avare, II, 2
    • C'est dans ce sens que la Fontaine a donné à quelques animaux la qualification de maître.

    • Maître gonin, voy. GONIN.

    • Maître aliboron, voy. ALIBORON.

    • Maître Jacques, voy. JACQUES.

  15. 17Titre des personnes revêtues de certaines charges. Maître des requêtes. Maître des comptes. Maître des cérémonies. Maître de la garde-robe.

    • Cinquante maîtres des requêtes déclarèrent d'une voix unanime toute la famille Calas innocente, et la recommandèrent à l'équité bienfaisante du roi Voltaire, Comment. œuv. aut. Hen.
    • On dit aussi grand maître des cérémonies, grand maître de la garde-robe, etc.

      • Calingford était grand maître de sa maison [à M. de Lorraine] et à la tête de son conseil Saint-Simon, 104, 113
      • C'est toujours au premier gentilhomme de la chambre, au grand maître des jeux et des plaisirs que j'ai l'honneur de m'adresser Voltaire, Lett. Richelieu, 5 mai 1773
    • Grand maître de l'université de France, titre donné au chef de l'université sous le premier empire lors de la fondation de l'université impériale. C'est un des titres que prend le ministre de l'instruction publique.

    • Maître du sacré palais, titre d'un religieux dominicain, qui demeure dans le palais du pape, et qui a la principale autorité pour examiner les livres, et pour donner la permission d'imprimer.

    • Grand maître, titre donné aux chefs des ordres militaires, des ordres de chevalerie. Le grand maître de l'ordre de Malte. Le grand maître des Templiers

  16. 18Maître de chapelle, celui qui est chargé de diriger le chant dans une église, et de former les enfants de chœur.

    • Il se dit quelquefois pour maître de musique, mais seulement en parlant des orchestres d'Italie.

  17. 19Maître d'hôtel, homme chargé de diriger tout ce qui concerne la table dans une grande maison.

    • Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Fouquet, qui l'était présentement de M. le Prince, cet homme d'une capacité distinguée de toutes les autres, dont la bonne tête était capable de contenir tout le soin d'un État.... s'est poignardé Mme de Sévigné, 46
    • Pour la première fois je vis avec beaucoup d'étonnement le maître d'hôtel servir l'épée au côté et le chapeau sur la tête J.-J. Rousseau, Confess. III
    • Terme de cuisine. Sauce à la maître d'hôtel, sauce composée principalement de beurre frais, sel, poivre, filet de vinaigre et fines herbes hachées.

    • Anciennement. Maître queux, le chef des cuisiniers dans une grande maison.

      • Nous ferons ce soir une chère Chère ; Vous n'y recevrez, maître queux, Qu'eux [les archers] Victor Hugo, Ball. 11
  18. 20Anciennement, soldat cavalier.

    • M. de Saint-Thou, allant reconnaître un mouvement des ennemis, avec trente maîtres, en rencontra deux cents Mme de Sévigné, 214
    • Il avait pris huit ou dix maîtres commandés par un officier de sa connaissance Hamilton, Gramm. 5
    • Les maîtres [dans les gendarmes et les mousquetaires] ne sont point officiers, et ne veulent point passer pour cavaliers Saint-Simon, 471, 234
    • Le maréchal de Villars, en 1707, envoya cinquante maîtres, pour la détruire [une prétendue colonne érigée par l'empereur en souvenir de la victoire de Blenheim] ; on ne trouva rien Voltaire, Louis XIV, 19, note g.
    • L'empereur rassembla autour de lui tous les officiers de cavalerie encore montés ; il appela cette troupe d'environ cinq cents maîtres, son escadron sacré Ségur, Hist. de Nap. XI, 3
  19. 21Dans le langage familier, maître se joint quelquefois à certains termes d'injure, dont il augmente l'énergie.

  20. 22Terme de chasse. Nom donné aux cordes qui, bordant le haut et le bas des pièces de toile et des panneaux, servent à les tendre.

  21. 23Petits-maîtres, nom qui fut donné, durant la Fronde, aux membres d'un parti à la tête duquel se placèrent Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville.

    • On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement, celle des importants ; on appelait celle de Condé le parti des petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État ; il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petits-maîtres, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée Voltaire, Louis XIV, 4
  22. 23Petits-maîtres.

    • Voici l'explication que Mme de Motteville donne de cette dénomination. Quand il [le prince de Condé] venait chez la reine, il remplissait sa chambre des personnes du royaume les plus qualifiées ; ses favoris, qui étaient la plupart des jeunes seigneurs qui l'avaient suivi dans l'armée, et participant à sa grandeur comme ils avaient eu part à la gloire qu'il y avait acquise, avaient été appelés les petits-maîtres parce qu'ils étaient à celui qui le paraissait être de tous les autres, Mém. p. 111.

  23. 24Maître, dans les îles Normandes, celui dont un autre est le mandataire, le représentant, l'avocat.

    • Serment prêté par trois avocats reçus par la cour royale de Guernesey, le 13 avril 1874 :.... Qu'en vos plaideries.... vous ne proposerez, ne controuverez aucuns faits, que votre maître ou son attourné ne vous dit ou affirme être vrais... Gaz. de Guernesey, 14 avril 1874

Remarque

L'Académie écrit maître autel sans trait d'union ; mais à autel, elle écrit maître-autel. On peut donc mettre ou omettre le trait d'union.

Proverbes

Il n'y a si petit métier qui ne nourrisse son maître. Qui a compagnon a maître, c'est-à-dire, dans une société on ne saurait, de son chef, disposer de rien. L'argent n'a point de maître, rien ne fait connaître à qui appartient une pièce de monnaie perdue. Pain coupé n'a point de maître, on peut toujours prendre un morceau de pain qui est tout coupé. Les bons maîtres font les bons valets. Nul ne peut servir deux maîtres, c'est-à-dire il est difficile de vaquer à deux emplois à la fois, de mener de front deux affaires, etc. ; proverbe emprunté à l'Évangile. Tel maître, tel valet, c'est-à-dire les valets suivent l'exemple du maître, particulièrement en mal. Qui sert bon maître, bon loyer en reçoit. Il faut être compagnon de sa femme et maître de son cheval, c'est-à-dire il faut traiter doucement l'une et gourmander l'autre.

Étymologie

Picard, mète, moite, moète ; wallon, mais' ; bourguign. moitre ; provenç. majestre, maiestre, mayestre, maestre, mestre ; espagn. maestre ; portug. mestre ; ital. maestro ; du lat. magistrum, qui est de même radical que magis (voy. MAIS). D'après Corssen, magister et minister, qui sont symétriques, sont deux doubles comparatifs formés de is pour ios, ius (sanscr. iyans,) et ter, sanscr. tara. Magister = may-ius-ter, le plus grand ; minister = min-ius-ter, le plus petit. Mahitre ou le Mahitre, nom propre qu'on rencontre, est peut-être une ancienne forme conservée (voy. maïstresse à l'historique de MAÎTRESSE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander