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marche dans le Littré

4 articles· 90 citations· rimes· synonymes

1marche s. f. (mar-ch')

  1. Frontière militaire d'un État.

    • L'empereur confirme le vasselage de la Bohême et y établit la religion chrétienne ; tout ce qui était au delà était encore païen, excepté quelques marches de la Germanie Voltaire, Ann. Emp. Othon 1er, 951
    • Usité surtout dans le nom de certains pays, comme la marche Trévisane, la marche d'Ancône, la marche de Brandebourg.

    • Marche avantagère, nom qu'on donnait en Bretagne, en Poitou et en Anjou, aux limites qui séparent ces trois provinces, à cause de plusieurs priviléges dont jouissaient les habitants des lieux voisins.

    • Lettres de marche, voy. MARQUE (LETTRES DE).

Étymologie

Provenç. marcha, marca, marqua, frontière ; bas-latin, marchia ; du germanique : goth. marka ; anc. h. allem. marcha ; anglo-sax. mearc. C'est le même mot que marque.

2marche s. f. (mar-ch')

  1. 1Mouvement de celui qui marche. La marche s'exécute par une série de pas, dont la succession plus ou moins prompte et le plus ou moins de longueur la rendent ou lente ou rapide. Ralentir, retarder, accélérer sa marche.

    • Terme de chasse. Se dit des vestiges de la loutre ou du cerf, comme pieds, fuie, etc.

  2. 2L'action de marcher, par rapport à la distance ou à la durée. Nous avons été huit jours en marche. Il y a d'ici là trois heures de marche. Faire une longue marche.

  3. 3Mouvement des troupes, des armées. La marche des colonnes.

    • Que de campements, que de belles marches, que de hardiesse, que de précautions, que de périls, que de ressources ! Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ces troupes se mirent en marche sous leurs commandants Fénelon, Tél. XI
    • Ce fut dans une de ces marches [en Ukraine] que deux mille hommes tombèrent morts de froid sous ses yeux [de Charles XII] Voltaire, Charles XII, 4
    • Les Russes l'avaient-ils prévenu ? sa manœuvre était-elle manquée ? n'avait-il point mis assez de rapidité dans cette marche, où il s'agissait de dépasser le flanc gauche de Kutusof ? Ségur, Hist. de Nap. IX, 2
    • Qu'étaient devenus ces mouvements rapides et décisifs de Marengo, d'Ulm et d'Eckmühl ? pourquoi cette marche molle et pesante dans une circonstance si critique ? Ségur, ib.
    • Dérober sa marche à l'ennemi, exécuter un mouvement à l'insu de l'ennemi.

    • Fig. Cacher sa marche, cacher les mesures qu'on prend pour quelque affaire, pour quelque entreprise.

    • Marche forcée, par opposition à marche ordinaire, marche que l'on fait en forçant le pas, avec une extrême diligence.

    • Fausse marche, se dit quand, feignant de marcher d'un côté, on tourne de l'autre.

    • Marche de flanc, marche qu'un corps de troupes fait par le côté d'un de ses flancs.

      • Une lettre de Berthier à Kutusof, datée du premier jour de cette marche de flanc, fut à la fois une dernière tentative de paix et peut-être une ruse de guerre Ségur, Hist. de Nap. IX, 1
    • Bataillon de marche, bataillon que l'on forme avec des hommes appartenant à différents corps et qui n'est organisé que pour les conduire à leur destination.

      • Il [Napoléon] compte sur les détachements qu'envoient les dépôts, sur les malades et les blessés rétablis, sur les traînards ralliés et formés à Vilna en bataillons de marche Ségur, Hist. de Nap. IX, 5
    • Sonner, battre la marche, donner aux troupes le signal de se mettre en marche.

    • L'espace moyen qu'une troupe parcourt en une journée.

      • Tout à coup, au milieu du jour, il tourna subitement à droite avec son armée, et gagna en trois marches et à travers champs la nouvelle route de Kalougha Ségur, Hist. de Nap. IX, 1
    • Gagner une marche sur l'ennemi, le devancer de quelque temps ; et fig. obtenir sur son adversaire un avantage de temps et de position.

  4. 4Terme de marine. Vitesse progressive d'un navire sous l'impulsion des rames, du vent ou de la vapeur.

    • Disposition ou facilité qu'a un navire à faire plus ou moins de chemin avec telle voilure ou sous telle allure.

    • Ordre de marche, ordre dans lequel les bâtiments de guerre se placent en faisant route.

  5. 5Cérémonie solennelle dans laquelle un cortége, un convoi parcourt un certain espace. Marche triomphale.

    • Ce roi parut après une longue marche de prisonniers et de dépouilles FONT., Candaule et Gygès.
    • Fermer la marche, clore la marche, être à la queue d'un cortége, d'une procession, etc.

      • On vit passer [à Moscou], sous sept arcs magnifiques, l'artillerie des vaincus [Suédois], leurs drapeaux.... les soldats, les officiers, les généraux, les ministres prisonniers tous à pied.... les vainqueurs à cheval fermaient la marche, les généraux en tête, et Pierre à son rang de général major Voltaire, Russie, I, 19
    • Par extension, fermer la marche se dit de ceux qui sont les derniers d'une bande qui chemine. Ils étaient en tête, et nous fermions la marche.

  6. 6Convoi.

    • La mortalité prodigieuse des ouvriers [travaillant à Versailles], dont on remporte toutes les nuits, comme de l'hôtel-Dieu, des charrettes pleines de morts ; on cache cette triste marche pour ne pas effrayer les ateliers Mme de Sévigné, 12 oct. 1678
  7. 7Voyage.

    • J'ai une envie extrême de savoir de vos nouvelles, et comme vous vous trouvez de la tranquillité et de la longueur de votre marche Mme de Sévigné, t. XI, p. 10, éd. RÉGNIER.
    • Ce fut un valet de chambre de M. de Pompone, qui arriva le dimanche à neuf heures dans la chambre de Mme de Vins ; c'était une marche si extraordinaire que celle de cet homme, et il était si excessivement changé, que Mme de Vins crut absolument qu'il lui venait dire la mort de M. de Pompone ; de sorte que, quand elle sut qu'il n'était que disgracié, elle respira Mme de Sévigné, 22 nov. 1679
  8. 8La marche des astres, des corps célestes, leur mouvement réel ou apparent.

  9. 9La marche d'une montre, d'une pendule, la manière dont elle se conforme au mouvement effectif des corps célestes qui marquent les heures. La marche d'une montre marine est la variation journalière de cette montre.

    • De fréquentes relâches [du navire] mettaient à portée de vérifier la régularité de la marche des montres marines Condorcet, Courtanvaux.
  10. 10Terme de musique. Marche harmonique, marche de l'harmonie, la succession des différents accords, et la manière dont la modulation passe d'un ton à un autre.

  11. 11Au jeu d'échecs, mouvement particulier de chaque pièce. La marche du roi. La marche insidieuse du cavalier.

    • Il se dit aussi des autres jeux. La marche du jeu de dames, du whist, etc.

  12. 12Fig. Conduite, manière d'agir, de procéder. Il cache habilement sa marche. La marche de la nature.

    • Une forte constitution et une santé ferme secondaient parfaitement la marche vigoureuse de son esprit et le soutinrent jusque vers la fin de sa vie MAIRAN, Éloge de Halley.
    • Les hommes de génie ont communément, dans le cours de leurs études, une marche particulière qui les caractérise Diderot, Opin. des anc. philos. (hobbisme).
    • La marche par laquelle vous avez obtenu des connaissances n'en justifie ni l'objet ni l'usage J.-J. Rousseau, Lett. à Mlle D. M. 7 mai 1764
    • La marche du siècle, le progrès que chaque siècle fait spontanément dans les voies de la civilisation. De tels changements dans les idées et dans les rôles, au sein d'une population aussi prompte à perdre ses illusions qu'à les adopter, étaient l'œuvre d'un seul homme [Napoléon 1er] doué du génie le plus audacieux, plus remarquable encore par sa sagacité et son discernement que par son audace, qui avait espéré pouvoir arrêter la marche du siècle présent, et qui y était parvenu pour quelques années, MOLLIEN, Mémoires d'un ministre du trésor, I, 30 et 31.

    • La marche d'un poëme, d'un ouvrage, etc. le progrès de l'action dans un poëme, la progression des idées dans un ouvrage.

    • La marche du style, d'une phrase, la manière dont le style, une phrase procède.

      • Le français, par la marche naturelle de toutes ses constructions et aussi par sa prosodie, est plus propre qu'aucune autre langue à la conversation Voltaire, Dict. phil. Langues.
    • Terme de peinture. Se dit de la manière dont procède le crayon ou le pinceau, de l'ordre dans lequel se présentent les figures, les groupes, les masses d'ombre et de lumière, la suite des plans d'un tableau.

  13. 13Air de musique qui règle et anime la marche soit de troupes, soit de tout autre corps. La marche des Gardes-Françaises. La marche funèbre de la symphonie héroïque de Beethoven. Il y a dans l'Alceste de Gluck une très belle marche religieuse.

    • Il y avait une distinction à faire et qu'on n'a point faite, entre les musiques convenables à la troupe en parade, et celles qui lui conviennent en marchant, et qui sont proprement des marches J.-J. Rousseau, Sur la mus. milit.
    • Par extension, air de musique qui a le mouvement d'un air militaire.

  14. 14Partie d'un escalier sur laquelle on pose le pied pour monter ou pour descendre.

    • Marches gironnées, celles des quartiers tournants des escaliers ronds ou ovales.

    • La marche d'angle, est celle qui est la plus longue d'un quartier tournant.

    • Marche de demi-angle, la marche qui précède et celle qui suit la marche d'angle.

    • Marche dansante, celle qui est plus large d'un bout que de l'autre, dans les parties tournantes d'un escalier.

    • Marches moulées, marches bordées d'une moulure.

    • Fig. Être sur les marches du trône, se dit d'un prince appelé par sa naissance à remplacer celui qui règne.

  15. 15Les tourneurs et les tisserands appellent marche, le morceau de bois sur lequel ils mettent le pied, pour faire aller leur travail. Les marches d'un métier à toile.

  16. 16Terme d'organiste. Ce qu'on touche avec les pieds et qui fait résonner les pédales.

    • Les marches, les touches de la vielle.

  17. 17Terme de teinturier. Marche en gris, action de soumettre le coton au garançage, immédiatement après qu'il a reçu les apprêts huileux et les mordants de galle et d'alun ; ce qui lui donne une couleur grise.

    • Marche en jaune, action de soumettre le coton au garançage, après qu'il a passé une seconde fois par les apprêts huileux et les mordants, ce qui lui donne une couleur jaune.

  18. 18Sorte de tissage.

    • Des taffetas figurés à la marche, rayés en long et à travers, mouchetés, et avancés, tapis figurés, etc. Statuts des marchands de draps d'or, 9 sept. 1667, art. 53
  19. 19Marche ! Commandement militaire d'exécution pour : en marche.

Remarque

Saint-Simon a dit : On se mit en marche dans laquelle les princes allaient, comme tous les jours, devant le roi, et les princesses derrière, 62, 39. Le mot marche étant pris sans article ne peut être représenté par un pronom. Cette règle ne souffre d'exceptions qu'en des cas tout particuliers.

Étymologie

Voy. MARCHER 1.

3marché s. m. (mar-ché)

  1. 1Vente, achat de ce qui se débite dans un lieu déterminé. Le marché n'a rien valu aujourd'hui.

    • Quand j'aurai l'honneur de vous faire parvenir mes rêveries, qui ne sont pas encore tout à fait prêtes, je ferai avec vous le marché des Espagnols avec les Indiens : ils donnaient de petits couteaux et des épingles pour de bon or Voltaire, Lett. Goldoni, 10 mai 1763
    • Le cours du marché, le prix auquel une marchandise se vend sur le marché.

  2. 2Réunion de ceux qui vendent et achètent ce qui se débite ainsi. Il y a marché dans cette ville deux fois par semaine.

    • Ce concours et le lieu où il se fait se nomment marché, parce que les marchés s'y proposent et concluent CONDILL., Comm. gouv. I, 4
  3. 3Lieu public où l'on vend toutes sortes de denrées et d'objets.

    • Et le financier se plaignaitQue les soins de la ProvidenceN'eussent pas au marché fait vendre le dormir,Comme le manger et le boire La Fontaine, Fabl. VIII, 2
    • Les marchés et les foires ne se peuvent établir que par la permission du roi FEVRET, Traité de l'abus, I, 9, dans RICHELET
    • Notre auteur a mieux aimé se signaler par un air de liberté [à l'égard d'un concile], et il préfère à des termes plus respectueux la licence et le style du marché Bossuet, Rem. hist. conc. II, 11
    • Nous rougissons avec raison de voir les marchés publics établis dans des rues étroites, étaler la malpropreté, répandre l'infection et causer des désordres continuels Voltaire, Pol. et lég. Embell. de Paris.
    • La douleur et le dépit du roi augmentèrent quand il apprit que Tolstoï, devenu l'ambassadeur du czar à la Porte, était publiquement servi par les Suédois faits esclaves à Pultava, et qu'on vendait tous les jours ces braves soldats dans le marché de Constantinople Voltaire, Charles XII, 5
    • Les prix ne peuvent se régler que dans les marchés, parce que c'est là seulement que les citoyens rassemblés peuvent, en comparant l'intérêt qu'ils ont à faire des échanges, juger de la valeur des choses relatives à leurs besoins CONDILL., Comm. gouv. I, 4
    • S'il est un plaisir qu'il n'ait pas,C'est qu'au marché ce plaisir manque Béranger, Bonheur.
  4. 4Par extension, il se dit d'une ville et même d'un pays où se font des transactions commerciales avec les nations étrangères.

    • Surate ou Surat, au fond du golfe de Cambaye, était, depuis Tamerlan, le grand marché de l'Inde, de la Perse et de la Tartarie Voltaire, Pol. et lég. Fragm. hist. sur l'Inde, XVI.
  5. 5Ce qu'on achète au marché, ce qu'on rapporte du marché. Montrez-moi votre marché.

  6. 6Terme d'économie politique. L'état de l'offre et de la demande, dans un lieu donné, ou, en général, dans tous les lieux que fréquente le commerce. Les besoins du marché.

  7. 7Convention verbale ou écrite renfermant les conditions d'une vente. J'en ai fait marché par écrit. Rompre un marché.

    • Je voudrais que vous eussiez déjà conclu le marché de votre terre Mme de Sévigné, 266
    • C'est donner que de faire un marché de cette sorte Mme de Sévigné, 187
    • À propos de vendre, je n'ai nul dessein de vendre Bourbilly, par une petite raison : c'est que c'est à ma fille après ma mort ; elle en fera le marché en ce temps-là Mme de Sévigné, 21 déc. 1692
    • J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille Racine, Plaid. I, 1
    • Les Épidamniens élurent un magistrat pour faire tous les marchés au nom de la cité Montesquieu, Esp. IV, 6
    • Fig.

      • La vue des pertes de l'ennemi ne consolait pas ; elle n'était pas double de la nôtre ; on se rappelait d'ailleurs que, dans une pareille position, Pierre 1er, en sacrifiant dix Russes contre un Suédois, avait cru, non-seulement ne faire qu'une perte égale, mais même gagner à ce terrible marché Ségur, Hist. de Nap. IX, 2
    • Faire un bon marché, conclure un marché avantageux ; faire un mauvais marché, conclure un marché désavantageux.

    • Cela se dit, par extension, de toute autre affaire de la vie.

      • M. de Villette fait un très bon marché en épousant une fille qui a autant de bon sens que d'innocence, qui est née vertueuse et prudente comme elle est née belle Voltaire, Lett. Delisle de Sales, 2 nov. 1777
    • Un sot marché, un marché où l'on joue un rôle de dupe.

      • Il voit bien qu'il ne faut pas faire un sot marché Mme de Sévigné, 419
    • Familièrement. Un marché d'or, marché dans lequel on fait un achat très avantageux.

    • Fig. Un marché d'or, toute espèce de bonne affaire.

      • Le marché paraît d'or pour lui, car nous donnons et il reçoit Paul-Louis Courier, Chambord.
    • Il n'y a au marché que ce qu'on y met, se dit quand on se plaint de quelque clause onéreuse.

    • Boire le vin du marché, boire ensemble, après la conclusion d'un marché, en signe de ratification.

    • Aller, courir sur le marché d'un autre, enchérir sur les offres d'un acheteur.

    • Fig. Faire des démarches pour obtenir une place, un avantage qu'un autre sollicite ; s'ingérer de faire ce qu'un autre fait.

      • On m'a conté d'elle [une dame] deux histoires un peu épouvantables ; je les supprime pour l'amour de Dieu, et puis ce serait courir sur le marché d'Adhémar Mme de Sévigné, 22 avr. 1671
      • La Chesterfield fut tentée par son mauvais destin de lui ôter [à la Denham] son amant ....mais la Denham, piquée de ce qu'on avait couru sur son marché.... Hamilton, Gramm. 8
      • Les filles d'honneur de la reine couraient sur le marché des aventurières de la ville Hamilton, ib. 10
      • Vous savez probablement que le roi de Prusse a été sur notre marché, et qu'il fait venir dix-huit familles d'horlogers de Genève Voltaire, Lett. duc de Choiseul, 7 sept. 1770
    • Fig. Il n'amende pas son marché, se dit d'un homme qui aggrave sa position.

    • Mettre à quelqu'un le marché à la main (voy. MAIN, n° 8), lui donner le choix de conclure ou de rompre le marché ; et fig. ne pas le ménager, l'obliger à se décider pour ceci ou pour cela.

      • Louis de Bade avait mis à l'empereur le marché à la main sur sa charge de feld-maréchal-général Saint-Simon, 84, 94
      • Voyant qu'il me mettait ainsi le marché à la main, vous connaissez la vivacité biscayenne, je lui répondis fièrement Lesage, Bachel. de Salam. ch. 32
    • Par-dessus un marché au delà de ce qui avait été convenu.

      • Ce mot sur la semaine [ce mot que je vous écris dans la semaine] est par-dessus le marché de vous écrire seulement tous les quinze jours Mme de Sévigné, à Bussy, 22 juill. 1671
      • Si vous voulez venir dîner chez moi, nous jouerons ; car la reine veut nous donner de quoi, et cela par-dessus le premier marché [promesse d'embrasser Grammont s'il revenait avec la nouvelle que les lignes d'Arras avaient été forcées] Hamilton, Gramm. 5
    • Fig. Par-dessus le marché, en outre, de plus.

      • Il avait débuté par lui offrir une bourse pleine d'or, et c'est la forme la plus dangereuse que puisse prendre le diable pour tenter une jeune fille un peu coquette, et, par-dessus le marché, intéressée Marivaux, Pays. parv. 1re part.
  8. 8Marché se dit aussi des conventions qui se font pour prendre un fermier, un domestique, pour louer une voiture, une place dans un navire, etc.

    • Dans cette incertitude, louerai-je votre appartement ? on est tous les jours sur le point d'en conclure le marché Mme de Sévigné, 18 févr. 1671
    • Elle arrive à Rouen, elle fait son marché de s'embarquer dans un vaisseau qui va aux Indes Mme de Sévigné, 5 août 1684
    • Je consens de tout mon cœur que vous fassiez faire les réparations nécessaires des moulins, des métairies, des douves, des prés.... c'est mon intérêt ; faites donc toutes ces choses, et en faites les marchés en homme de bien et en bon père de famille Mme de Sévigné, 23 avril 1687
    • Marché d'ouvrages, convention entre un ouvrier ou un entrepreneur, d'une part, et celui qui commande un ouvrage quelconque, un bâtiment par exemple, d'autre part. Passer un marché d'ouvrages.

    • Marché clef à la main ou clefs en main, marché par lequel un entrepreneur s'oblige envers un propriétaire à faire et à terminer un bâtiment pour un temps spécifié.

    • Marché au mètre, marché qui se fait pour un prix convenu par chaque mètre d'ouvrage.

  9. 9Prix.

    • Il faudra que vous voyiez aussi ce que nous devons à Angebaut, et tirer le meilleur marché que vous pourrez de ce procès-verbal Mme de Sévigné, 23 avr. 1687
  10. 10Terme de bourse. Marché au comptant, marché au taux du moment présent ; ce marché ne peut être aléatoire et ne contient aucune chance courue, puisque le prix en est fixé en même temps que la convention est conclue.

    • Par opposition, marché à terme, marché dans lequel l'exécution aura lieu plus tard, au jour de la liquidation. Maintenant le marché à terme peut être ferme ou fictif : il est ferme s'il entraîne nécessairement conclusion réelle, livraison de la chose vendue contre espèces ; il est fictif s'il se résout ce jour-là en abandon de la prime, comme dans le marché libre ou à prime.

    • Marchés fermes, achat ou vente d'une valeur dont la livraison contre espèces doit avoir lieu réellement et sans feinte à une époque déterminée que l'on désigne sous le nom de liquidation.

    • Marché libre ou à prime, opération dans laquelle l'acheteur ou le vendeur se réserve le droit d'annuler son marché à une époque fixée d'avance moyennant l'abandon, au profit de l'autre partie, d'une indemnité appelée prime et convenue d'avance. À Paris l'acheteur a seul ce droit quand il s'agit de rentes ou de titres. L'acheteur et le vendeur l'ont tous les deux quand il s'agit de marchandises.

    • Marchés à terme, nom générique des opérations ferme et à prime.

  11. 11Bon marché, grand marché, prix peu élevé ; meilleur marché, prix inférieur à un autre.

    • Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre Corneille, Gal. du Palais, I, 7
    • Pour les revendre à bon marché Pascal, Prov. VIII
    • Mon oncle d'une seule parole l'a eu à une pistole meilleur marché que moi Mme de Sévigné, 424
    • Je vous en ferai avoir bon marché Lesage, Turcaret, IV, 12
    • C'est marché comme de raves, comme de paille, c'est très bon marché, très peu cher, comme les raves et la paille.

    • Vivre à bon marché, vivre sans qu'il en coûte beaucoup d'argent. On vit à bon marché dans cette ville.

    • C'est marché donné, c'est un marché donné, se dit de quelque chose qu'on a eu à très bas prix.

      • Là-dessus je vous la laisse à tant, c'est marché donné Marivaux, Pays. parv. 3e part.
      • J'ai quatre volumes sous presse.... ils coûteront trois livres le tome ; c'est marché donné Voltaire, Mél. lett. Lett. de M. Formey.
    • Fig. et en un autre sens, marché donné, avantage inespéré.

      • Elle [la duchesse de Berry] ne faisait guère de repas libre, et ils étaient fréquents, sans qu'elle ne s'enivrât à perdre connaissance ; et si, rarement, elle demeurait en pointe, c'était marché donné Saint-Simon, 391, 42
    • On n'a jamais bon marché d'une mauvaise marchandise, c'est-à-dire la mauvaise marchandise coûte toujours trop cher relativement à ce qu'elle vaut.

    • Se ruiner en bons marchés, acheter trop de choses par la seule raison qu'on les trouve à bon marché.

      • J'ai connu une dame qui s'est ruinée à acheter tout ce qu'elle trouvait à bon marché Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Fontaines, 1695
    • On dit dans le même sens : Les bons marchés ruinent.

    • Bon marché vide le panier, mais il n'emplit pas la bourse, c'est-à-dire un marchand qui vend à trop bon marché, débite bientôt sa marchandise, mais il se ruine.

    • Fig. et familièrement. À bon marché, à peu de frais, sans beaucoup de dommage ou de peine.

      • Vous auriez pu à bon marché, c'est-à-dire avec trente larmes, vous faire passer auprès de moi pour l'homme du monde le plus passionné Mme de Sévigné, à Ménage, 1650 (lett. 18, éd. RÉGNIER).
      • Non, à si bon marché l'on ne bat pas les gens Racine, Plaid. II, 4
    • A bon marché, pour peu de chose.

      • Il y a beaucoup d'affectation dans ces larmes que les filles versent à si bon marché Fénelon, t. XVII, p. 78
      • Vous dites qu'on les canonise à bon marché Massillon, Carême, Culte.
      • Sur quoi pouvez-vous donc croire que vous serez quittes devant Dieu de vos crimes, à meilleur marché, si je l'ose dire, que ces premiers fidèles ? Massillon, Mystères, Ferv. des pr. chrét.
    • En être quitte, en sortir à bon marché, sortir d'un danger, d'un embarras avec moins de dommage qu'on n'en avait à craindre.

      • Ce n'est pas assez que le feu expie en public mon offense [que je sois brûlé] ; j'en serais quitte à trop bon marché.... il [un curé, dans un libelle] veut absolument que je sois damné Molière, Tart. 1er placet.
      • Soyez parfaitement aise qu'il [le jeune de Grignan] ait eu une légère contusion à la cuisse, après laquelle il m'a écrit la lettre que voilà ; vous y verrez qu'il est fort heureux d'en être quitte à si bon marché Mme de Sévigné, 481
      • Si vous saviez combien on est malheureuse quand on a le cœur fait comme je l'ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense que vous n'en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connais Mme de Sévigné, à M. de Pompone, 27 nov. 1664
    • Fig. et familièrement. Faire bon marché d'une chose, la donner pour peu de chose, en tenir peu de compte.

    • Faire bon marché d'une chose, la prodiguer, ne pas l'épargner. Il fait bon marché de la vie.

    • On dit dans le même sens : mettre à bon marché.

      • En vérité, il est abominable de mettre à si bon marché la vie des hommes D'Alembert, Lett. à Voltaire, 16 juill. 1766
    • Fig. et familièrement. Avoir bon marché de quelqu'un, avoir facilement sur lui l'avantage.

      • Qu'on eût eu bon marché de nous,Et qu'il y faisait bon pour vous ! Scarron, Virg. II
      • Je vous avoue, ma fille, que mon cœur me fait bien souffrir ; j'ai bien meilleur marché de mon esprit et de mon humeur Mme de Sévigné, 84
      • Orbassan, voyant le bouclier de Tancrède sans armoiries et sa cotte d'armes sans faveur des belles, croit avoir bon marché de son adversaire Voltaire, Lett. à Mlle Clairon, 16 oct. 1760
      • On en a bon marché [le soldat français] quand il est commandé par des courtisans qu'il méprise J.-J. Rousseau, Hél. V, 4
    • Fig. À grand marché, facilement, à peu de frais.

      • Ses louanges poussées à l'excès, sans contradiction aucune, en faisaient un héros à grand marché Saint-Simon, 133, 225
    • À grand marché faire, à mettre les choses au plus bas.

  12. 12Fig. Toute espèce de convention.

  13. 13En Picardie, marché de terre, ou, simplement, marché, le lot de terres que chaque fermier tient d'un propriétaire.

    • Droit de marché, usage dans la Picardie en vertu duquel les fermiers détiennent à perpétuité et héréditairement les biens qu'ils ont pris à ferme.

      • Le droit de marché, que les propriétaires ne reconnaissent pas, ne s'en maintient pas moins dans le Santerre [Somme] Journ. des Débats, 8 août 1876, 3e page, 6e col.
      • Le droit de marché est un singulier usage, établi dans cette partie de la Picardie qu'on nomme le Santerre... en vertu de cet usage.... les fermiers prétendent détenir à perpétuité et transmettre à leurs héritiers les biens qu'ils ont une fois reçus à loyer ARTH. MANGIN, Journ. offic. 10 août 1876, p. 6152, 1er col.

Remarque

1. Il faut dire : il y a marché ce jour-là, sans article ; et il y a ce jour là un marché qui dure de midi à six heures, avec l'article. 2. On dit souvent dans le parler vulgaire : j'ai acheté ce livre bon marché ; sans la préposition à. Cette suppression n'est pas autorisée ; il faut dire à bon marché, comme on dit à bon compte, à vil prix, etc.

Étymologie

Provenç. mercat ; espag. et portug. marcado ; ital. mercato ; du lat. mercatus, de merx, marchandise, par l'intermédiaire de mercari (voy. MARCHAND).

4marché, ée part. passé (mar-ché, chée)

  1. Piétiné, foulé avec les pieds. La terre à brique suffisamment marchée reçoit d'autres préparations.

    • Terme de danse. Deux pas marchés sur la pointe du pied.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander