1mort, orte part. passé (mor, mor-t' ; au masculin, le t ne se lie pas, excepté dans la locution mor-t ou vif)
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1Qui a cessé de vivre.
- Après mon père mort, je n'ai point à choisir Corneille, Cid, IV, 2
- De votre cheval mort je vous mis sur le mien Rotrou, Bélis. V, 5
S'il [votre fils] est bien fort, l'éducation rustaude est fort bonne ; mais, s'il est délicat, j'ai ouï dire à Brayer et à Bourdelot qu'en voulant les faire robustes, on les fait morts
Mme de Sévigné, 14 juill. 1677Les pères mourants envoient leurs fils pleurer sur leur général mort [Turenne]
Fléchier, Tur.Dans Florence jadis vivait un médecin.... De tous ses amis morts un seul ami resté....
Boileau, Art p. IVTout le peuple.... Du prince déjà mort demandait la santé
Racine, Brit. IV, 2Les vivants, quand ils sont bien fâchés, disent : je voudrais être mort ; et moi, je dirais volontiers au contraire : je voudrais me porter bien
Fénelon, Dial. des morts anc. 18
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Mort ou vif, c'est-à-dire soit mort, soit vivant.
- Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau La Fontaine, Fabl. IV, 19
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Fig. et plaisamment. Mort ou vif, en quelque état que ce soit.
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C'est un homme mort, se dit d'un homme qui est ou qui paraît être dans un grand danger.
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Chair morte, chair frappée de mortification, qui a cessé de vivre, et qui se séparera du reste du corps.
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Frapper sur quelqu'un comme sur bête morte, le frapper violemment.
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À demi mort, à qui il ne reste que peu de vie.
Des voleurs le laissent à demi mort
Pascal, Prov. IIJe la vois entre son mari mourant, son fils à demi mort, sa belle-fille frappée d'un mal incurable
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 28 mai 1717
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Mort ivre, ivre au point d'avoir perdu tout sentiment. On dit aussi ivre mort.
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Au plur. Morts ivres.
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Cotte morte, voy. COTTE 1.
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Terme de féodalité. Se faire mort d'un fief, délaisser à son plus proche héritier apparent un fief en avancement d'hoirie.
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2Il se dit aussi des végétaux ; avec raison, puisqu'en effet ils ont la vie. Un arbre mort.
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Terme d'eaux et forêts. Bois mort, bois qui est abattu ou qui, étant debout, est sec et ne peut servir qu'à brûler.
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Mort bois, les épines, les ronces et le bois blanc, qui ne peuvent servir à aucun ouvrage.
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Feuille morte, feuille sèche qui tombe de l'arbre en automne.
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Feuille-morte, voy. FEUILLE-MORTE.
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Terme de peinture. Nature morte, voy. NATURE, n° 22.
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3Plus mort que.... se dit par exagération pour exprimer un vif sentiment de douleur, de terreur.
- À cet objet d'horreur, l'œil troublé, le teint blême,J'ai demeuré longtemps plus morte que lui-même Rotrou, Antig. I, 2
Il [Démétrius] se montra à cette multitude, qui était plus morte que vive, et qui attendait dans un tremblement qui ne peut s'exprimer l'arrêt de sa condamnation
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 275, dans POUGENS
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4Qui a l'apparence de la mort.
- Une morte pâleur s'empare de son front Corneille, Soph. V, 8
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Avoir le teint mort, les yeux morts, les lèvres mortes, avoir le teint décoloré, les lèvres pâles, les yeux éteints.
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Couleur morte, couleur sombre et sans éclat.
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5Qui est comme glacé par la mort.
Je n'osais me remuer, je ne tenais presque point de place, et j'avais le cœur mort
Marivaux, Marianne, part. 1re.
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Fig. Il a la gueule morte, voy. GUEULE.
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Avoir la langue morte, se taire.
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N'y pas aller de main morte, voy. MAIN, n° 1.
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Main-morte, voy. MAINMORTE.
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6Mort se dit quelquefois pour damné, comme la mort se dit pour la damnation.
Justes, pécheurs ; mort, vivant ; vivant, mort ; élu, réprouvé
Pascal, Pens. XXIV, 12, éd. HAVET.
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7Privé de chaleur, de mouvement, en parlant de parties du corps. Il est paralysé ; la partie inférieure du corps est morte.
Parlons un peu de votre santé : n'êtes-vous point effrayée de ces jambes froides et mortes ?
Mme de Sévigné, 22 sept. 1680
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8Fig. Mort à, mort pour, qui n'existe plus pour certaines choses.
Je n'en ai point vu qui fût véritablement morte au monde
Mme de Sévigné, 388Sa vie, tout ecclésiastique, annonçait un pasteur entièrement mort aux choses du siècle
Bossuet, Panég. St Sulp. 2Je ne suis point à moi ; tous mes amis doivent me regarder comme morte pour eux
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 232, dans POUGENS- Mais croiras-tu qu'au sein de la souffrance,Mort au plaisir et mort à l'espérance.... Voltaire, Enfant prod. III, 5
- Mort au plaisir, insensible à la gloire,Dans le désert je traîne un long ennui MILLEV., Chants élégiaques, l'Arabe.
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Mort de, qui éprouve une vive impression de.
Toute morte de jalousie
Mme de Sévigné, 5 janv. 1676Je crois que vous ne savez pas que mon fils est allé en Candie.... j'en vois tous les périls, j'en suis morte
Mme de Sévigné, 28 août 1668J'arriverai à Chanteloup morte de fatigue
Mme DU DEFFANT, Lett. à Walpole, t. II, p. 165, dans POUGENS
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Familièrement. Tomber mort, perdre soudainement l'entrain qu'on avait.
Comme nous étions le plus en train, nous avons vu apparaître monsieur le Premier avec son grand deuil : nous sommes tous tombés morts ; pour moi, c'était de honte que j'étais morte
Mme de Sévigné, 3 juill. 1676
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9Fig. en parlant des choses, qui est sans force, sans activité, éteint, par comparaison avec la mort qui éteint la vie.
- Qui fuit croit lâchement et n'a qu'une foi morte Corneille, Poly. II, 6
- Mais, la reconnaissance morte,L'amour doit courir grand hasard Corneille, Agésil. I, 1
Ceux-là sont vraiment malheureux et n'ont que des espérances mortes, qui ont donné le nom de dieux aux ouvrages de la main des hommes
Saci, Bible, Sagesse, XIII, 10M. de Grignan m'est bien nécessaire ; car j'ai un coin de folie qui n'est pas encore bien mort
Mme de Sévigné, 6 mai 1680Vous avez grand'raison de ne pouvoir vous représenter Mme de Coulanges à l'agonie, et M. de Coulanges dans la douleur : je ne le croirais pas, si je ne l'avais vu ; une vivacité morte, une gaieté pleurante, ce sont des prodiges
Mme de Sévigné, 21 oct. 1676Les sociétés d'où on les ôte [les vérités fondamentales du christianisme] sont des sociétés mortes qui ne peuvent donner à Dieu des enfants
Bossuet, Var. XV, § 79Messieurs, l'éloquence est morte, toutes ses couleurs s'effacent
Bossuet, Disc. Acad.Le parti de M. de Cambrai est mort
Bossuet, Lett. quiét. 443- Ce discours d'un guerrier que la colère enflammeRessuscite l'honneur déjà mort en leur âme Boileau, Ép. IV
- Sans tous ces ornements le vers tombe en langueur,La poésie est morte, ou rampe sans vigueur Boileau, Art p. III
Les devoirs ne sont plus que des pratiques mortes et inanimées
Massillon, Carême, Tiéd. 2Une terre morte et pour ainsi dire écorchée par les vents, laquelle ne présente que des ossements, des cailloux jonchés, des rochers debout ou renversés
Buffon, Quadrup. t. V, p. 14
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Œuvres mortes, voy. ŒUVRE, n° 12.
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10Langue morte, voy. LANGUE, n° 6.
Mon père regarde comme mal employé le temps que je donne aux langues mortes
Paul-Louis Courier, Lett. I, 17
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11Balle morte, balle qui a perdu la plus grande partie de l'impulsion qu'elle avait reçue.
Aux premières décharges de la mousqueterie ennemie, le roi [Charles XII] reçut une balle à la gorge ; mais c'était une balle morte qui s'arrêta dans les plis de sa cravate noire et qui ne lui fit aucun mal
Voltaire, Charles XII, 2
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12Eau morte, eau qui ne coule point, stagnante.
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Bras mort, dans une rivière, partie de rivière interceptée et où l'eau n'est plus courante. Dans certaines provinces, ces bras morts sont dit les morts.
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Mer Morte, nom d'un grand lac salé dans la Palestine.
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Morte eau, les petites marées au temps du premier et du dernier quartier de lune.
À Audierne, la hauteur d'eau est de 4m, 80 en vive eau, et 3m, 30 en morte eau
GRANGEZ, Voies navig. de France, p. 264
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Le temps des plus petites marées. Nous sommes en morte eau.
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Morte eau se dit aussi du plus bas de l'eau, en parlant de la marée.
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13Fig. Où il n'y a pas d'action, sans action.
Pardonnez-moi, il y a des temps dans la vie où l'on ne peut rien faire, des temps morts, et je me trouve dans cette situation
Voltaire, Lett. d'Argental, 26 sept. 1773
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Argent mort, argent qui ne porte ni intérêt ni profit.
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Papier mort, se dit par opposition à papier timbré. Aujourd'hui on dit plutôt papier libre, papier non timbré.
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Lettre morte, écrit sans autorité. Cette loi n'est plus qu'une lettre morte.
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Pays mort, pays où il n'y a ni commerce, ni industrie.
J'ai animé un pays entièrement mort, j'ai fait naître le travail et l'opulence dans le séjour de la misère
Voltaire, Lett. d'Argental, 11 oct. 1771
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Saison morte, ou morte saison, voy SAISON.
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Chardon mort, chardon bonnetier dont les pointes sont émoussées par le travail.
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Terme de fortification. Angle mort, se dit de l'angle que fait un flanc inutile pour la défense.
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14Ancien terme de physique. Force morte, force aussitôt détruite qu'engendrée.
Vous appelez cela une force morte ; or ces mots de force morte ne sont-ils pas un peu contradictoires ? ne vaudrait-il pas autant dire mort vivant, oui et non ?
Voltaire, Dict. phil. Force physique.
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Chaleur morte.
Pour reconnaître ce que cette chaleur morte, c'est-à-dire cette chaleur dénuée de tout aliment, pouvait produire....
Buffon, Hist. min. Introd. part. exp. Œuv. t. VII, p. 120
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15Terme de chimie. Tête morte, voy. TÊTE.
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16Terme de marine. Tour mort, tour simple d'un cordage quelconque sur un appui.
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À morte charge, jusqu'aux écoutilles. Un bâtiment est à morte charge, quand on l'a chargé autant qu'il est possible.
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Eaux mortes, celles qui enveloppent et qui semblent accompagner la partie supérieure de l'arrière de la carène, lorsque le navire est en marche.
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17Corps mort, voy. CORPS, n° 20.
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18Terme de mécanique. Point mort, poids mort, voy. POINT et POIDS au Supplément.
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19Terme d'exploitation de la houille et des mines. Mort terrain, voy. MORT-TERRAIN au Supplément.
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Perles mortes, perles qu'on pêche dans les parages de l'Écosse, et qui ressemblent à des yeux de poisson
CH. BLANC, l'Art dans la parure, p. 319
Étymologie
Lat. mortuus, irrégulièrement formé de mori (la forme régulière serait mortus) ; mortuus est une formation de mori avec le suffixe tuus, tua, comme dans mutuus, statua, etc.