Poésies philosophiques, 1871
I. Mon Livre
Je ne vous offre plus‖ pour toutes mélodiesQue des cris de révolte‖ et des rimes hardies.Oui ! Mais en m’écoutant‖ si vous alliez pâlir ?Si, surpris des éclats‖ de ma verve imprudente,Vous maudissez la voix‖ énergique et stridenteQui vous aura fait tressaillir ?
Pourtant, quand je m’élève‖ à des notes pareilles,Je ne prétends blesser‖ les cœurs ni les oreilles.Même les plus craintifs‖ n’ont point à s’alarmer ;L’accent désespéré‖ sans doute ici domine,Mais je n’ai pas tiré‖ ces sons de ma poitrinePour le plaisir de blasphémer.
Comment ? la Liberté‖ déchaîne ses colères ;Partout, contre l’effort‖ des erreurs séculaires ;La Vérité combat‖ pour s’ouvrir un chemin ;Et je ne prendrais pas‖ parti de ce grand drame ?Quoi ! ce cœur qui bat là,‖ pour être un cœur de femme,En est-il moins un cœur humain ?
Est-ce ma faute à moi‖ si dans ces jours de fièvreD’ardentes questions‖ se pressent sur ma lèvre ?Si votre Dieu surtout‖ m’inspire des soupçons ?Si la Nature aussi‖ prend des teintes funèbres,Et si j’ai de mon temps,‖ le long de mes vertèbres,Senti courir tous les frissons ?
Jouet depuis longtemps‖ des vents et de la houle,Mon bâtiment fait eau‖ de toutes parts ; il coule.La foudre seule encore‖ à ses signaux répond.Le voyant en péril‖ et loin de toute escale,Au lieu de m’enfermer‖ tremblante à fond de cale,J’ai voulu monter sur le pont.
À l’écart, mais debout,‖ là, dans leur lit immenseJ’ai contemplé le jeu‖ des vagues en démence.Puis, prévoyant bientôt‖ le naufrage et la mort,Au risque d’encourir‖ l’anathème ou le blâme,À deux mains j’ai saisi‖ ce livre de mon âme,Et j’ai lancé par-dessus bord.
C’est mon trésor unique,‖ amassé page à page.À le laisser au fond‖ d’une mer sans rivageDisparaître avec moi‖ je n’ai pu consentir.En dépit du courant‖ qui l’emporte ou l’entrave,Qu’il se soutienne donc‖ et surnage en épaveSur ces flots qui vont m’engloutir !
Paris, 7 janvier 1874
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (35 de 12, 7 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a mélodies / hardies féminine, classiqueb pâlir / tressaillir masculine, classiquec imprudente / stridente féminine, classiquea pareilles / oreilles féminine, classiqueb s’alarmer / blasphémer masculine, classiquec domine / poitrine féminine, classiquea colères / séculaires féminine, classiqueb chemin / humain masculine, classiquec drame / femme féminine, classiquea fièvre / lèvre féminine, classiqueb soupçons / frissons masculine, classiquec funèbres / vertèbres féminine, classiquea houle / coule féminine, classiqueb répond / pont masculine, classiquec escale / cale féminine, classiquea immense / démence féminine, classiqueb mort / bord masculine, classiquec blâme / âme féminine, classiquea page / rivage féminine, classiqueb consentir / m’engloutir masculine, classiquec l’entrave / épave féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de L. Ackermann, Alphonse Lemerre, éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources