Les Jeunes Croyances, 1867· I
I. Vere Novo
Je ne sais pas pourquoi‖ je me crois au printemps ;J’ai l’esprit travaillé‖ d’un mystérieux rêve :Je me vois au milieu‖ des arbres, et j’entendsDans les bourgeons courir‖ le frisson de la sève.
J’ai le cœur et les yeux‖ tout gonflés par les pleurs.Au fond de moi je sens‖ un frémissement d’aile !…Comme il doit faire bon‖ marcher parmi les fleurs !Sur chaque tige humide‖ éclôt une étincelle.
L’oiseau chante l’amour…‖ Connaissez-vous les nidsEt les insectes verts‖ dans un creux de vieux saule ?Ô charmant souvenir !‖ quand nous étions petits,Nous nous grimpions, pour voir,‖ l’un l’autre sur l’épaule.
J’ai d’étranges désirs…‖ ainsi qu’en ont les fous !À présent, je voudrais‖ m’élancer dans l’espace !Et je songe à la fois‖ que ce doit être douxDe suivre par les blés‖ une fille qui passe.
Un jour, ils étaient deux‖ qui s’en allaient ainsi :Je les vis, ces heureux,‖ causer sous l’aubépine ;Deux oiseaux, étonnés,‖ près d’eux chantaient aussi…Peut-être ils sont encor‖ dans la même ravine !
Large effluve d’amour,‖ une immense chansonPalpite dans les airs‖ au temps des feuilles vertes ;Un souffle d’inconnu‖ ranime le buissonEt la blanche façade‖ aux fenêtres ouvertes.
Non loin des amoureux,‖ dans les gazons épais,Comme la ruche à miel‖ bourdonne une famille.Les garçons querelleurs‖ font la guerre et la paix ;La mère gravement‖ parle à sa brune fille.
Le père, encor plus grave‖ et les yeux vers l’azur,Conte à son fils aîné‖ les destins de l’histoire,Et qu’il faut ici-bas,‖ d’un cœur tranquille et sûr,Combattre pour le droit,‖ et jamais pour la gloire !…
Mais, vain rêveur, poëte,‖ où t’en vas-tu si loin ?Tu te livres entier‖ au rêve qui t’emporte,Pour revenir plus seul‖ et plus triste en ton coinOù les vents font trembler‖ ta lampe à demi morte !
Toulon, décembre 1865.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a printemps / j’entends masculine, classiqueb rêve / sève féminine, classiquea pleurs / fleurs masculine, classiqueb d’aile / étincelle féminine, classiquea nids / petits masculine, classiqueb saule / l’épaule féminine, classiquea fous / doux masculine, classiqueb l’espace / passe féminine, classiquea ainsi / aussi masculine, classiqueb l’aubépine / ravine féminine, classiquea chanson / buisson masculine, classiqueb vertes / ouvertes féminine, classiquea épais / paix masculine, classiqueb famille / fille féminine, classiquea l’azur / sûr masculine, classiqueb l’histoire / gloire féminine, classiquea loin / coin masculine, classiqueb t’emporte / morte féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Jeunes Croyances, Paris, Alphonse Lemerre Éditeur, 1867· numérisation wikisource.org· Sources