Le petit-neveu de Grécourt, 1883
L’esprit fort
Aux pieds d’un Directeur,‖ Climène, un beau matin,Avec un repentir sincère,Déclara nettement‖ que le petit ColinN’étoit pas le fils de son père.‒ « Halte là ! » dit le Confesseur,« Pour un Confiteor‖ vous n’en serez pas quitte ;» Il en faut deux au moins,‖ ce crime fait horreur.» Faut-il qu’injustement‖ votre enfant déshérite» Un légitime successeur ?» Il faut, Madame, vous résoudre» A confesser‖ le fait à votre époux,» Sans quoi je ne puis vous absoudre. »L’avouer ne se pouvoit pas.La voilà dans un embarrasQu’on ne peut exprimer,‖ car enfin l’aventureÉtoit à digérer trop dure.Il fallut succomber,‖ et, d’un mortel chagrin,Tomber dans une maladieQui pensa lui coûter la vie.Sur le rapport du Médecin,Son époux connoissant‖ que la mélancolieAlloit couper‖ la trame de ses jours,La pria d’en dire la cause.Elle veut l’en instruire,‖ et jamais elle n’ose.‒ « Ose tout, » dit-il, « mes amours :« Rien ne me déplaira,‖ pourvu qu’on te guérisse ;» Quoi ! faut-il qu’un secret‖ te donne la jaunisse,» Et qu’une femme meure,‖ à faute de parler ?» Cela seroit nouveau.‖ ‒ Je vais tout révéler,» Puisqu’aussi bien, » dit-elle,‖ « un repos favorable» Doit terminer bientôt‖ mon état déplorable.» J’étois à la maison des champs,» Où je faisois la ménagère,» Quand la voisine Alix,‖ par des discours touchants,» Auxquels on ne résiste guère,» Me prouva qu’avoir des enfants» Étoit à vous chose impossible ;» Me prôna les malheurs‖ de la stérilité,» Qui chez les Juifs passoit‖ pour un défaut terrible ;» Puis dans un jour charmant‖ me fit voir la beauté» D’une heureuse fécondité.» Je me rendis, hélas !‖ à cette douce amorce,» Et Lucas, le Valet‖ de notre Métayer,» Avec moi se trouvant‖ un jour dans le grenier,» Je me souvins d’Alix,‖ et je manquai de force.» Il est, cela soit dit‖ sans vous mettre en courroux,» A faire des enfants‖ plus habile que vous.» Je lui parlai d’amour,‖ il comprit mon langage,» Et sur un sac de blé,‖ sac funeste et maudit !» Faut-il en dire davantage ?» De ce malheureux sac,‖ notre Colin sortit.» A Lucas je donnai, je pense,» Quelques boisseaux de blé‖ pour toute récompense.» Si je vous ai trahi,‖ je meurs, pardonnez-moi ;» A cela près, toujours‖ je vous gardai ma foi.» ‒ N’est-ce pas de mon blé‖ que tu payas l’ouvrage ? »Lui répondit Damis,‖ nullement effrayé.« Cet enfant est à moi,‖ puisque je l’ai payé ;» Ne m’en parle pas davantage. »
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 3[abab] 2[ababa] 9[aa] 1[abbab] 2[abba] 1[abaab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (34 de 12, 23 de 8, 2 de 10)· profil 8, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a matin / Colin masculine, classiqueb sincère / père féminine, classiquea Confesseur / horreur / successeur masculine, classiqueb quitte / déshérite féminine, classiquea résoudre / absoudre féminine, classiquea pas / embarras masculine, classiquea l’aventure / dure féminine, classiquea chagrin / Médecin masculine, classiqueb maladie / vie / mélancolie féminine, classiquea jours / amours masculine, classiqueb cause / n’ose féminine, classiquea guérisse / jaunisse féminine, classiquea parler / révéler masculine, classiquea favorable / déplorable féminine, classiquea champs / touchants / enfants masculine, classiqueb ménagère / guère féminine, classiquea impossible / terrible féminine, classiqueb stérilité / beauté masculine, classiquea fécondité / Métayer / grenier masculine, classiqueb amorce / force féminine, classiquea courroux / vous masculine, classiquea langage / davantage féminine, non classiqueb maudit / sortit masculine, classiquea pense / récompense féminine, classiquea pardonnez-moi / foi masculine, classiquea l’ouvrage / davantage féminine, classiqueb effrayé / payé masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le petit-neveu de Grécourt ou Étrennes gaillardes, PARIS, Isidore LISEUX, Éditeur, 1883· numérisation Project Gutenberg· Sources