Alcools, 1913
1909
La dame avait une robeEn ottoman violineEt sa tunique brodée d’orÉtait composée de deux panneauxS’attachant sur l’épaule
Les yeux dansants comme des angesElle riait elle riaitElle avait un visage aux couleurs de FranceLes yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rougesElle avait un visage aux couleurs de France
Elle était décolletée en rondEt coiffée à la RécamierAvec de beaux bras nus
N’entendra-t-on jamais sonner minuit
La dame en robe d’ottoman violineEt en tunique brodée d’orDécolletée en rondPromenait ses bouclesSon bandeau d’orEt traînait ses petits souliers à boucles
Elle était si belleQue tu n’aurais pas osé l’aimer
J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormesOù naissaient chaque jour quelques êtres nouveauxLe fer était leur sang la flamme leur cerveauJ’aimais j’aimais le peuple habile des machinesLe luxe et la beauté ne sont que son écumeCette femme était si belleQu’elle me faisait peur
29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Alcools, Paris, Gallimard, 1920· numérisation damienbe.chez.com· Sources