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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Alcools, 1913· Le brasier

« Je flambe dans le brasier à l’ardeur adorable »

Guillaume Apollinaire· vers libres ou irréguliers, 42 vers

Je flambe dans le brasier à l’ardeur adorableEt les mains des croyants m’y rejettent multiple innombrablementLes membres des intercis flambent auprès de moiÉloignez du brasier les ossementsJe suffis pour l’éternité à entretenir le feu de mes délicesEt des oiseaux protègent de leurs ailes ma face et le soleil

Ô Mémoire Combien de races qui forlignentDes Tyndarides aux vipères ardentes de mon bonheurEt les serpents ne sont-ils que les cous des cygnesQui étaient immortels et n’étaient pas chanteursVoici ma vie renouveléeDe grands vaisseaux passent et repassentJe trempe une fois encore mes mains dans l’Océan

Voici le paquebot et ma vie renouveléeSes flammes sont immensesIl n’y a plus rien de commun entre moiEt ceux qui craignent les brûlures

Descendant des hauteurs où pense la lumièreJardins rouant plus haut que tous les ciels mobilesL’avenir masqué flambe en traversant les cieux

Nous attendons ton bon plaisir ô mon amie

J’ose à peine regarder la divine mascarade

Quand bleuira sur l’horizon la Désirade

Au-delà de notre atmosphère s’élève un théâtreQue construisit le ver Zamir sans instrumentPuis le soleil revint ensoleiller les placesD’une ville marine apparue contremontSur les toits se reposaient les colombes basses

Et le troupeau de sphinx regagne la sphingerieA petits pas Il orra le chant du pâtre toute la vieLà-haut le théâtre est bâti avec le feu solideComme les astres dont se nourrit le vide

Et voici le spectacleEt pour toujours je suis assis dans un fauteuilMa tête mes genoux mes coudes vain pentacleLes flammes ont poussé sur moi comme des feuilles

Des acteurs inhumains claires bêtes nouvellesDonnent des ordres aux hommes apprivoisésTerreÔ Déchirée que les fleuves ont reprisée

J’aimerais mieux nuit et jour dans les sphingeriesVouloir savoir pour qu’enfin on m’y dévorât

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Alcools, Paris, Gallimard, 1920· numérisation damienbe.chez.com· Sources