Poésies, 1900· I Sonnets
Sonnet de mars
A mon ami Joseph Gauthier.
C’est un matin de mars qu’elle m’est revenue,Éveillant le jardin d’un bruit de falbalas,L’enfant toujours cruelle et toujours ingénueQue je n’ai point aimée et qui ne m’aimait pas.
Le givre s’égouttait aux branches, mais plus basLa neige ourlait encor les buis de l’avenue ;Et le frisson d’hiver, sous leur écorce nue,Emprisonnait le rire embaumé des lilas.
Un clair rayon brille soudain : « C’est moi » dit-elle.Dans l’air moins froid passa comme un cri d’hirondelle,Je la vis me sourire et crus avoir seize ans ;
Et depuis, quelquefois, je me surprends à dire,Songeant à ce rayon, songeant à ce sourire :C’était presque l’Amour et presque le printemps.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources