Dans la fournaise, 1892
Consommation
Quand Juin cruel nous brûle‖ en ses autodafés,Paris boit devant les cafés.Lorsque le ciel, criblé‖ de feux, mêle en ses voilesLes becs de gaz et les étoiles,Tout le Paris charmant,‖ amoureux, endetté,Sous les chaudes brises d’été,Devant les cafés d’or‖ absorbe des breuvagesAbominablement sauvages.Là vieillards, jeunes gens,‖ filles sous leurs toisons,Dégustent d’étranges poisonsQue leur servent Léon,‖ Anatole, Amédée,Et qui feraient peur à Médée.Ils goûtent ces boissons‖ d’enfer, pleines de maux,Qu’on hume avec des chalumeaux,Des bières qu’on brassa‖ sans houblon et sans orgeEt qui vous déchirent la gorge,De tristes eaux-de-vie‖ et de mort, et des rhumsQui bravent tous les décorums,Et d’affreux curaçaos‖ troublants, et des absinthesFaites pour ravir des Esseintes.O frères, avec ces‖ boissons qui vous ont nui,Vous buvez le féroce ennui,L’accablement stupide‖ et le dégoût maussade,Les voluptés à la de Sade.Sous l’azur, sous le gouffre‖ étoilé du ciel bleuÉclaboussé d’astres de feu,Quelque sombre liqueur,‖ au noir Léthé pareille,Vous hypnotise, et votre oreille,Stupidement, ainsi‖ qu’un refrain de pantoum,Entend retentir l’affreux : Boum !Oh ! nos pères buvaient,‖ avec sa pourpre insigne,Le sang généreux de la vigne !Sages, ils remplissaient‖ leurs verres de nos vinsRouges, réchauffants et divins,Et caressaient, avec‖ de gais épithalamesLeurs bonnes commères de femmes.Le Plaisir et la Joie‖ étaient leurs échansons ;Ils chantaient de belles chansons ;Ils ne connaissaient pas,‖ ces gens qui savaient boire,Les diables bleus ni l’humeur noire ;Mais leurs fils malheureux‖ s’intoxiquent, par ton,Devant des palais de carton.Là les Parisiens,‖ dans le beau mois des roses,Boivent la haine et les névroses.Et souvent, déguisée‖ en garçon de café,Spectre galamment attifé,Arborant sur son blanc‖ visage de squeletteDes favoris en côteletteEt de blanc cravatée‖ ainsi que pour un bal,Avec la fierté d’AnnibalJetant son cri farouche‖ à ceux qu’elle terrasse,La Mort dit : Boum ! versez, terrasse !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 26((aa))
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a autodafés / cafés masculine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classiquea endetté / d’été masculine, classiqueb breuvages / sauvages féminine, classiquea toisons / poisons masculine, classiqueb Amédée / Médée féminine, classiquea maux / chalumeaux masculine, classiqueb orge / gorge féminine, classiquea rhums / décorums masculine, classiqueb absinthes / Esseintes féminine, classiquea nui / ennui masculine, classiqueb maussade / Sade féminine, classiquea bleu / feu masculine, classiqueb pareille / oreille féminine, classiquea pantoum / Boum masculine, classiqueb insigne / vigne féminine, classiquea vins / divins masculine, classiqueb épithalames / femmes féminine, classiquea échansons / chansons masculine, classiqueb boire / noire féminine, classiquea ton / carton masculine, classiqueb roses / névroses féminine, classiquea café / attifé masculine, classiqueb squelette / côtelette féminine, classiquea bal / d’Annibal masculine, classiqueb terrasse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources