Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans la fournaise, 1892

Déja vus

Théodore de Banville· 16 quatrains, octosyllabes, 64 vers

Céline, avec ses cheveux rouxDont la fauve splendeur nous flatte,Darde ses yeux pleins de courroux,Pareille à la bête écarlate.

Magnifique dans le printempsComme une grande fleur qui bouge,Elle charme les airs flottants,En portant son ombrelle rouge.

Albert, l’enragé promeneur,Qui rappelle, en chantant sa gamme,Le prince Hamlet, dans Elseneur,La rencontre et lui dit : Madame,

Il faut employer les momentsSans penser aux futurs désastres.Voulez-vous de clairs diamantsPareils à des cassures d’astres ?

Entrons là, chez le joaillier ;Je veux être certain qu’on m’aime.Acceptez un riche collier.Céline répond : Tout de même.

Oui, dit Albert, nous penseronsA des rivières sans pareillesEt, pendant que nous y serons,Nous prendrons des pendants d’oreilles.

Mais on va parfois à Choisy !Êtes-vous de celles qu’allècheUn équipage bien choisi ?Bon. Je vous offre une calèche.

Je prétends vous la décocher,Svelte et volant comme la foudre,Avec chevaux, groom et cocherObèse, rouge sous la poudre.

Voulez-vous, madame, un hôtelTout en briques, dans l’avenueDe Villiers ? Ce sera l’autelOù rira Vénus toute nue.

Et ce n’est pas tout, les poneys !Il faut que le soleil arroseChez vous, des tableaux japonaisOù flambe le ciel rouge et rose.

Céline, qu’afflige une touxSèche, répond : C’est une affaire.Cher monsieur, j’accepterai tousLes dons que vous voulez me faire.

Et vous ne perdrez pas au troc !Jeune homme, pâle comme Oreste,C’est bien. Je prendrai tout en bloc,Chevaux, diamants et le reste.

Mais, avec les riches appasQui sont mon armure de guerre,Vous ne me reconnaissez pas ?Vous m’avez vue enfant naguère.

Vous me courtisiez déjà, carJamais vous ne vous en privâtes,Quand mes pieds nus s’évadaient, parLes trous béants de mes savates.

J’avais l’air d’un jeune filou ;Ma peau brune vous semblait douce.Je peignais avec un vieux clouMa folle chevelure rousse.

Et vous, faisant tous les métiersPour un gain souvent illusoire,Couchant sous les ponts, vous étiezUn petit voyou dérisoire.

10 juin 1890.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a roux / courroux masculine, classiqueb flatte / écarlate féminine, classiquea printemps / flottants masculine, classiqueb bouge / rouge féminine, classiquea promeneur / Elseneur masculine, classiqueb gamme / Madame féminine, classiquea moments / diamants masculine, classiqueb désastres / d’astres féminine, classiquea joaillier / collier masculine, classiqueb m’aime / même féminine, classiquea penserons / serons masculine, classiqueb pareilles / d’oreilles féminine, classiquea Choisy / choisi masculine, classiqueb qu’allèche / calèche féminine, classiquea décocher / cocher masculine, classiqueb foudre / poudre féminine, classiquea hôtel / l’autel masculine, classiqueb l’avenue / nue féminine, classiquea poneys / japonais masculine, classiqueb arrose / rose féminine, classiquea toux / tous masculine, classiqueb affaire / faire féminine, classiquea troc / bloc masculine, classiqueb Oreste / reste féminine, classiquea appas / pas masculine, classiqueb guerre / naguère féminine, classiquea car / par masculine, classiqueb privâtes / savates féminine, classiquea filou / clou masculine, classiqueb douce / rousse féminine, classiquea métiers / étiez masculine, classiqueb illusoire / dérisoire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources