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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans la fournaise, 1892

La Fille de Jaïre

Tableau d’Alfred Dehodencq

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 52 vers

Lorsque Jésus entra,‖ la fille de JaïreOuvrait sa lèvre encor,‖ ne sachant plus sourire ;Son visage était pâle‖ et ses yeux étaient clos,Et dehors éclataient‖ des cris et des sanglots.Se tournant vers le doux‖ Jésus dont le front brille,Le père dit : Seigneur,‖ c’est ma petite filleDont la tête repose‖ entre ses bruns cheveux ;Regarde-la, tu peux‖ me rendre si tu veuxSa rouge lèvre en fleur‖ et ses yeux de gazelle.Qu’est-ce que je ferais‖ sur la terre sans elle ?Rien qu’à la voir avec‖ ses prunelles de feuJe triomphais, j’avais‖ en moi tout le ciel bleu ;Dans la nuit qui déjà‖ me prend et me dévore,Ma petite Marie‖ était comme une auroreQui répandait sur moi,‖ père tremblant d’amour,Les rayons de la vie‖ et les roses du jour.Or à présent je suis‖ vaincu par l’ombre amère,Et lorsqu’ainsi j’entends‖ les sanglots de sa mèreDont le sein est gonflé‖ par des pleurs étouffants,Je me trouble en mon cœur‖ pour mes autres enfants.Hélas ! tout mon espoir‖ se déchire et succombeCar le vautour muet‖ tient ma chère colombe ;Mais si du petit lit‖ tu daignes t’approcher,O toi qui fais jaillir‖ l’eau vive du rocherEt devant qui la mort‖ s’enfuit humble et craintive,Tu n’a qu’à dire un mot‖ pour que ma fille vive.Or, entendant toujours‖ les femmes soupirer,Jésus leur dit : Pourquoi‖ vous troubler et pleurer ?Puis, ayant relevé‖ sa chevelure rousse,Le Maître, d’une voix‖ mystérieuse et douce,Ajouta : Cette enfant‖ n’est pas morte, elle dort.Comme lorsqu’au matin‖ le jour s’éveille et sortDe la nue, un rayon‖ de lumière fleurieParut, et se posa‖ sur le lit de Marie.Ainsi dans la clarté‖ riante du soleilQui la prit toute blanche‖ en son réseau vermeil,Elle avait la douceur‖ d’un ange qui médite.Alors Jésus lui prit‖ la main et dit : PetiteFille, lève-toi. Comme‖ un astre, tu le vis,O Père, le regard‖ de ses grands yeux ravisSe réveilla ; pareil‖ à l’oiseau qui se pose,Un sourire courut‖ sur sa lèvre de rose ;Ses bras et ses pieds nus‖ étaient pâles encorTandis que son beau front‖ dans la lumière d’orFrissonnait, comme un lys‖ où la clarté se joue ;Une aube rougissait,‖ tremblante, sur sa joue ;Et toi, qui n’avais pas‖ gardé l’espoir en vain,Pâle, tu bénissais‖ le voyageur divin,Celui dont la pitié‖ pour ceux que nous aimâmesNous rend un jour leur voix,‖ leurs yeux, leurs bras, leurs âmes,Et qui, voyant ta peine‖ amère et ton tourment,T’avait dit : Ne crains rien,‖ père, crois seulement !

Paris, le lundi 15 mai 1876.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a Jaïre / sourire féminine, classiqueb clos / sanglots masculine, classiquea brille / fille féminine, classiqueb cheveux / veux masculine, classiquea gazelle / elle féminine, classiqueb feu / bleu masculine, classiquea dévore / aurore féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb étouffants / enfants masculine, classiquea succombe / colombe féminine, classiqueb t’approcher / rocher masculine, classiquea craintive / vive féminine, classiqueb soupirer / pleurer masculine, classiquea rousse / douce féminine, classiqueb dort / sort masculine, classiquea fleurie / Marie féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea médite / Petite féminine, classiqueb vis / ravis masculine, classiquea pose / rose féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea joue féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquea aimâmes / âmes féminine, classiqueb tourment / seulement masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources