Dans la fournaise, 1892
Le Printemps
Sinistre Hiver avec‖ tes farouches colèresPars, va-t’en loin de nous‖ parmi tes ours polaires !Délivre-nous, vieillard,‖ des fallacieux gantsDe peau de chien ouatés‖ et des noirs ouragans,Et dans le blanc pays‖ des glaces éternellesEmmène les Pierrots‖ et les Polichinelles.Oui, voici l’heure. Il naît,‖ le glorieux Printemps.Il baise les cheveux‖ dans la brise flottantsEt déroule, en soufflant‖ dessus, les feuilles vertes.Oiseaux, qui nous charmez‖ de vos ailes ouvertes,C’est un fait, il convient‖ que vous l’ébruitiez :Il va neiger bientôt‖ sur les arbres fruitiers.Nous les verrons, joyeux‖ et quittant l’air morose,Tachés d’un blanc céleste‖ et vaguement, de rose ;Un frisson va courir‖ sur les ruisseaux d’argent,Doux comme le soupir‖ d’une âme, et voltigeantDans l’air tiède, où Zéphir‖ épris chante sa gamme,Le Papillon va dire‖ à la rose : Madame !Dans les calèches au‖ vol fier qu’emporterontDe fins chevaux ayant‖ des rubans sur le front,Nous pourrons admirer,‖ sous les cieux tutélaires,Nos Dames de Paris‖ dans leurs toilettes claires.Des amazones, groupe‖ adorable et riant,Jetteront sur la foule‖ un coup d’œil, en fuyant,A certains cavaliers‖ d’autres feront des signesEt sur le flot du lac‖ silencieux, les cygnesDe neige, en regardant‖ folâtrer leurs poneys,Folâtreront avec‖ les canards japonais.Il se pourra qu’on jase‖ à la façon des merles.Et comme s’il pleuvait‖ des rubis et des perles,On entendra partout‖ des madrigaux fleuris.Guy, très correct, louera‖ la duchesse à Paris,Tandis qu’aux champs, parlant‖ d’une façon plus nette,Lucas, plein de malice,‖ embrassera Toinette.Et sur l’étang glacé‖ parmi les joncs dormantOù la lune se mire‖ et semble un diamant,A de vagues chansons‖ les amoureuses féesMêleront dans la nuit‖ leurs plaintes étouffées.O parfums envolés‖ partout dans l’air subtil !Azur des cieux légers‖ et clairs ! Printemps d’Avril !Dans mon vieux Luxembourg,‖ que j’adore et qui m’aime,Les bleus myosotis‖ foisonneront, et mêmeSous l’Odéon, parmi‖ tant de romans perversFleuriront follement‖ les volumes de vers.
Mardi, 2 avril 1889.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a colères / polaires féminine, classiqueb gants / ouragans masculine, classiquea éternelles / Polichinelles féminine, classiqueb Printemps / flottants masculine, classiquea vertes / ouvertes féminine, classiqueb l’ébruitiez / fruitiers masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb d’argent / voltigeant masculine, classiquea gamme / Madame féminine, classiqueb qu’emporteront / front masculine, classiquea tutélaires / claires féminine, classiqueb riant / fuyant masculine, classiquea signes / cygnes féminine, classiqueb poneys / japonais masculine, classiquea merles / perles féminine, classiqueb fleuris / Paris masculine, classiquea nette / Toinette féminine, classiqueb dormant / diamant masculine, classiquea fées / étouffées féminine, classiqueb subtil / d’Avril masculine, classiquea m’aime / même féminine, classiqueb pervers / vers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources