Dans la fournaise, 1892
Rue de l’Éperon
A H. Giacomelli
Mon jardin est situé rueDe l’Éperon. Il est joliComme une oasis, apparueEn rêve, ô Giacomelli !
Devant son ombre taciturneOù le soleil vient par éclairs,Les vieux arbres géants de FurneDressent leurs beaux feuillages clairs.
Joignant leurs branches familières,Vivaces comme les abus,Sur la maison grimpent deux lierresImpérieux, aux troncs barbus.
Parfois même ils font une ligneDroite, jusque chez le voisin,Et près d’eux s’étale une vigneQui ne produit pas de raisin.
Elle s’offre au jour qui la fêteEt rit avec frivolité,Car tout porte, chez le poëte,Ce cachet d’inutilité.
Mes rhododendrons s’aguerrissent,Et quant à mes sveltes lilas,D’abord, une année, ils fleurissent,Puis, l’autre année, ils sont trop las.
Pour mes roses ambroisiennes,Elles ont dans leur teint vermeilDes pâleurs de ParisiennesTrop oublieuses du sommeil.
Puis, dédaignant les ritournelles,Mille oiseaux, devant mon palais,Improvisent des villanelles,Des rondeaux et des triolets,
Et fuyant les rimes d’Alzire,Ils en font un recueil entierQue publiera, s’il le désire,Notre ami Georges Charpentier.
L’œil irisé comme une perle,Fin comme un pastel de Renoir,Sous les arbustes flâne un merleDu meilleur monde, en habit noir.
Austère et lisse, il doit écrireDans quelque Journal des Débats,Où l’on trouve bien de quoi frire ;Il est correct, il a des bas.
C’est un seigneur, du cant esclave !Mais l’oiselet musicienDit : Évitons cet oiseau grave,C’est un académicien.
Juillet 1879.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a rue / apparue féminine, classiqueb joli / Giacomelli masculine, classiquea taciturne / Furne féminine, classiqueb éclairs / clairs masculine, classiquea familières / lierres féminine, classiqueb abus / barbus masculine, classiquea ligne / vigne féminine, classiqueb voisin / raisin masculine, classiquea fête / poëte féminine, classiqueb frivolité / d’inutilité masculine, classiquea s’aguerrissent / fleurissent féminine, classiqueb lilas / las masculine, classiquea ambroisiennes / Parisiennes féminine, classiqueb vermeil / sommeil masculine, classiquea ritournelles / villanelles féminine, classiqueb palais / triolets masculine, classiquea d’Alzire / désire féminine, classiqueb entier / Charpentier masculine, classiquea perle / merle féminine, classiqueb Renoir / noir masculine, classiquea écrire / frire féminine, classiqueb Débats / bas masculine, classiquea esclave / grave féminine, classiqueb musicien / académicien masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources