Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans la fournaise, 1892

Temps chauds

Théodore de Banville· 16 quatrains, octosyllabes, 64 vers

Il faisait chaud. Le ciel vermeilÉtalait sa pourpre et sa braiseSous les flammes du blanc soleilQui regardait mûrir la fraise.

Parmi l’air infiniment bleuOù gaîment rougissait la pêche,Tout grillait, comme sur le feu.Mais la chambre était toute fraîche.

Ils s’y reposaient tous les deux,Rose et Pierre, en habits champêtres.Certes, rien n’était moins hideuxQue le groupe de ces deux êtres.

Ils étaient venus pas à pas !Et non loin d’eux sifflaient des merles.Je pense que ce n’était pasLe moment d’enfiler des perles.

Laissant poindre ses jeunes seinsQue parfois soulevait un souffle,Rose flambait sur les coussinsEt jouait avec sa pantoufle.

Folâtre, ses flancs palpitants,Cette fillette aventureuseLéchait ses lèvres par instants,Ainsi qu’une chatte amoureuse.

Et les yeux, ces volubilis,Des cheveux fins comme la cendre,Mille roses, les divins lysDemandaient à se laisser prendre.

O jeune savant qui m’es cher,Je le veux, je suis ta victime.Prends ma chevelure et ma chair,S’écriait-elle, en pantomime.

Elle sentait déjà le goûtDes baisers errer sur sa bouche.Pierre, que prit-il ? Rien du tout.C’était un raisonneur farouche.

Dans son crétinisme divinDroit comme Vénus dans sa conque,Il murmura, comme un flot vain,Les mots d’une prose quelconque.

O céleste Rose, dit-il,S’il est vrai que nous nous aimâmesPar un accord chaste et subtil,Que se passe-t-il dans nos âmes ?

Par quel doux et timide essorEn notre paresse mentaleS’envoleront les notes d’orEt la gamme sentimentale !

O fille de rire et de pleurs,Qui rappelez notre mère ÈveJouant dans la forêt de fleurs,Où vous porte l’aile du rêve ?

Oui, j’aimerais à le savoir,Et c’est là ce qui m’intrigue, ange.Est-ce dans l’Afrique au front noir ?Est-ce au bord du Tigre ou du Gange ?

Est-ce auprès de cet EurotasQue le souvenir divinise ?Ou dans le désert de Chactas ?Ou bien dans la triste Venise ?

Rose leva ses yeux ardents,Puis, avec l’air d’un jeune dogue,Folle, montra ses blanches dentsEt dit : A Chaillot, psychologue !

8 juillet 1890.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a vermeil / soleil masculine, classiqueb braise / fraise féminine, classiquea bleu / feu masculine, classiqueb pêche / fraîche féminine, classiquea deux / hideux masculine, classiqueb champêtres / êtres féminine, classiquea pas masculine, classiqueb merles / perles féminine, classiquea seins / coussins masculine, classiqueb souffle / pantoufle féminine, classiquea palpitants / instants masculine, classiqueb aventureuse / amoureuse féminine, classiquea volubilis / lys masculine, classiqueb cendre / prendre féminine, classiquea cher / chair masculine, classiqueb victime / pantomime féminine, classiquea goût / tout masculine, classiqueb bouche / farouche féminine, classiquea divin / vain masculine, classiqueb conque / quelconque féminine, classiquea dit-il / subtil masculine, classiqueb aimâmes / âmes féminine, classiquea essor / d’or masculine, classiqueb mentale / sentimentale féminine, classiquea pleurs / fleurs masculine, classiqueb Ève / rêve féminine, classiquea savoir / noir masculine, classiqueb ange / Gange féminine, classiquea Eurotas / Chactas masculine, classiqueb divinise / Venise féminine, classiquea ardents / dents masculine, classiqueb dogue / psychologue féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources