Idylles prussiennes, 1871
Attila
Lorsque sur le monde un barbarePasse sanglant et triomphant,Et que dans son orgueil bizarreIl se complaît comme un enfant ;
Quand devant lui ses hordes vilesEn hurlant ont rasé les toursEt brûlé les maisons des villesEt mis la nappe des vautours ;
Lorsque ces soldats en démenceOnt détruit les blés et le miel,Et même jeté la semenceAu caprice des vents du ciel ;
Quand le ravageur fraterniseAvec la peste et l’Aquilon ;Lorsqu’il dit : Ce peuple agoniseEt je le tiens sous mon talon !
Les vieillards et les jeunes femmesMourront, et les enfants aussi,Pris dans mes filets et mes trames,Parce que je le veux ainsi ;
Alors, au milieu du dédaleDes embûches et des trépas,Apparaît devant le VandaleUn être qu’il n’attendait pas !
Cet inconnu dans les fuméesSe dresse, et d’un souffle géantDisperse les noires arméesDans les abîmes du néant !
Quel est ce passant ? On l’ignore,Et les peuples voient seulementQu’il porte sur son front l’auroreEt dans ses yeux le firmament.
C’est un David à tête blonde,Ayant l’enfantine rougeurD’une vierge, et qui de sa frondeVa lancer le caillou vengeur !
C’est Jeanne, la bonne Lorraine !C’est quelqu’un dont l’éclair en feuRespecte la tête sereine,Et qui vient de la part de Dieu.
Mais, dis-tu, le cri des oraclesDepuis plus de mille ans s’est tuEt c’en est fini des miracles !O chasseur d’hommes, qu’en sais-tu ?
Ce Dieu des combats que tu vantes,Parfois, indigné dans l’azur,Pour outil de ses épouvantesSuscite quelque pâtre obscur.
Il vient conduit par une étoileEt vêtu de grossiers habits,Couvert d’un bleu sayon de toileOu d’une toison de brebis ;
Et pour ce héros solitaire,Lorsque le moment est venu,Attila n’est qu’un ver de terreQu’il écrase de son pied nu !
Novembre 1870.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a barbare / bizarre féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea viles / villes féminine, classiqueb tours / vautours masculine, classiquea démence / semence féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquea fraternise / agonise féminine, classiqueb l’Aquilon / talon masculine, classiquea femmes / trames féminine, classiqueb aussi / ainsi masculine, classiquea dédale / Vandale féminine, classiqueb trépas / pas masculine, classiquea fumées / armées féminine, classiqueb géant / néant masculine, classiquea l’ignore / l’aurore féminine, classiqueb seulement / firmament masculine, classiquea blonde / fronde féminine, classiqueb rougeur / vengeur masculine, classiquea Lorraine / sereine féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea oracles / miracles féminine, classiqueb tu / sais-tu masculine, classiquea vantes / épouvantes féminine, classiqueb l’azur / obscur masculine, classiquea étoile / toile féminine, classiqueb habits / brebis masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb venu / nu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources