Idylles prussiennes, 1871
La Contagion
La Contagion, dans ce tempsÉpouvantable des histoires,Sur nos ennemis hésitantsÉparpille ses flèches noires.
Ils meurent en leurs lits fiévreux,Tandis que dans leur âme crie,Au milieu de songes affreux,La figure de la Patrie.
D’un œil morne et vivant encor,Ils voient, loin des salles moroses,Leurs femmes aux longs cheveux d’orEt leurs enfants aux bouches roses.
Et brûlants, le sein haletant,Ils cherchent, dans leur longue épreuve,Le gai village, reflétantSes maisons blanches dans le fleuve !
Ils meurent, soldats, cavaliers,Jeunes gens gais comme l’aurore,Par centaines et par milliers,Et la chaux vive les dévore.
Parfois, sentant comme un remordA voir cette masse vivanteS’écrouler ainsi dans la mort,Leur chef se trouble et s’épouvante.
Fléau, dit-il d’un cœur transi,Que veut ta rage envenimée ?Pourquoi viens-tu me prendre ainsiTout le meilleur de mon armée ?
Pourquoi viens-tu nous immoler ?Mais la Contagion impureDevient visible et fait volerLes serpents de sa chevelure,
Et parle ainsi : — Quand les clairons,Déchaînés sur les territoires,Font frissonner les aileronsNoirs et sinistres des Victoires ;
Quand montent les arcs triomphaux ;Quand les Batailles aux longs râlesVont tranchant de leur large fauxDes moissons de cadavres pâles ;
Quand vous avez dit : Tue ou meurs !Quand de la terre qui poudroieMontent d’effroyables clameurs ;Quand la Guerre tonne et foudroie
Au milieu des champs douloureux,Cette meurtrière à l’œil sombreM’apporte dans le vol affreuxDe ses ailes. Je suis son Ombre.
Novembre 1870.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a temps / hésitants masculine, classiqueb histoires / noires féminine, classiquea fiévreux / affreux masculine, classiqueb crie / Patrie féminine, classiquea encor / d’or masculine, classiqueb moroses / roses féminine, classiquea haletant / reflétant masculine, classiqueb épreuve / fleuve féminine, classiquea cavaliers / milliers masculine, classiqueb l’aurore / dévore féminine, classiquea remord / mort masculine, classiqueb vivante / s’épouvante féminine, classiquea transi / ainsi masculine, classiqueb envenimée / armée féminine, classiquea immoler / voler masculine, classiqueb impure / chevelure féminine, classiquea clairons / ailerons masculine, classiqueb territoires / Victoires féminine, classiquea triomphaux / faux masculine, classiqueb râles / pâles féminine, classiquea meurs / clameurs masculine, classiqueb poudroie / foudroie féminine, classiquea douloureux / affreux masculine, classiqueb sombre / Ombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources