Idylles prussiennes, 1871
Les Allemandes
Dans leurs villes belles et grandesOù glissent leurs foules accrues,Les jeunes femmes allemandesVont lugubrement par les rues.
Toutes en noir, sous leurs longs voiles,Murmurant le nom du ministreEt plus blanches que les étoiles,Elles marchent d’un air sinistre.
Rebuvant leurs larmes aigries,De la guerre vivants emblèmes,De leurs longues mains amaigriesElles traînent des enfants blêmes.
Hélas ! murmure une d’entre ellesAvec une voix de fantôme,La Victoire a pris sous ses ailesNotre héros, le roi Guillaume ;
Monsieur de Bismarck nous informeQu’il va tailler une AllemagnePlus magnifique et plus énormeQue celle du roi Charlemagne ;
Il leur faudra mille ans pour boireLes éloges qu’ils thésaurisent,Et leur Fritz, écrasé de gloire,Se porte bien, à ce qu’ils disent.
Mais nos Fritz à nous, ô martyre !Les pères de ces petits êtresDont la main tremblante nous tire,Où sont-ils ? Qu’en ont fait leurs maîtres ?
Loin de nous, qui devons nous taire,L’œil morne et la poitrine ouverte,A peine recouverts de terre,Ils sommeillent sous l’herbe verte.
Leur front de neige se soulèvePendant les nuits éblouissantes,Et quoique morts, parfois en rêveIls voient leurs femmes gémissantes.
Ils dorment là-bas dans les havresOù jamais notre vois n’arrive,Et sur tous leurs pauvres cadavresOn a jeté de la chaux vive.
Octobre 1870.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a grandes / allemandes féminine, classiqueb accrues / rues féminine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb ministre / sinistre féminine, classiquea aigries / amaigries féminine, classiqueb emblèmes / blêmes féminine, classiquea elles / ailes féminine, classiqueb fantôme / Guillaume féminine, classiquea informe / énorme féminine, classiqueb Allemagne / Charlemagne féminine, classiquea boire / gloire féminine, classiqueb thésaurisent / disent féminine, classiquea martyre / tire féminine, classiqueb êtres / maîtres féminine, classiquea taire / terre féminine, classiqueb ouverte / verte féminine, classiquea soulève / rêve féminine, classiqueb éblouissantes / gémissantes féminine, classiquea havres / cadavres féminine, classiqueb n’arrive / vive féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources