Idylles prussiennes, 1871
Les Chefs
L’heure formidable où nous sommesNe veut pas que nos générauxNe soient que des conducteurs d’hommes.Ils sont soldats, ils sont héros,
Et comme ceux qui, d’habitude,Faisaient flamboyer leur cimierOù le choc était le plus rude,Et, Roland ou François Premier,
Mettaient la main à la besogne,Ils osent, s’en souciant peu,Combattre sans nulle vergogneEt montrer leur poitrine au feu.
Il ne faut pas qu’on les en raille !La folle bravoure leur sied.Quand leurs chevaux sous la mitrailleTombent, ils vont encore à pied ;
Ils vont vers la Mort, cette louve,La nuit, lui barrant le chemin,Et la rouge aurore les trouveUn tronçon de sabre à la main !
Puis, ignorant l’orgueil servile,Noirs de poudre, sanglants, blessés,Ces vainqueurs rentrent dans la ville,Triomphants, et les yeux baissés.
Leurs âmes n’étant point esclaves,Chacun d’eux pour la tombe est prêt.S’ils pouvaient, ces braves des braves,Envier quelqu’un, ce serait
Celui qui succombe en silence,Beau de sa mâle austérité,Veillé sur son lit d’ambulancePar une sœur de charité,
Et qui, pâle, étend sa main blanche,Voulant conjurer nos malheurs,Tandis que vers son front se pencheUn vieux soldat qui fond en pleurs.
Décembre 1870.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a sommes / d’hommes féminine, classiqueb généraux / héros masculine, classiquea d’habitude / rude féminine, classiqueb cimier / Premier masculine, classiquea besogne / vergogne féminine, classiqueb peu / feu masculine, classiquea raille / mitraille féminine, classiqueb sied / pied masculine, classiquea louve / trouve féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea servile / ville féminine, classiqueb blessés / baissés masculine, classiquea esclaves / braves féminine, classiqueb prêt / serait masculine, classiquea silence / d’ambulance féminine, classiqueb austérité / charité masculine, classiquea blanche / penche féminine, classiqueb malheurs / pleurs masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources