Idylles prussiennes, 1871
Rouge et Bleu
O République ! dans leur antreIl fut des traitants rabougrisQui faisaient un dieu de leur ventreEt que le Vice avait pourris.
Ceux-là, pour qui les heures doucesAvaient des plaisirs de haut goût,Les acheteurs de filles roussesEt les marchands de rien du tout,
C’étaient les faiseurs de pastiches,Si jolis, — si tristement laids,Et les gentilshommes postiches :Ils sont partis ! bénissons-les,
Ces petits-crevés sans haleine,Sans âme et sans barbe au menton,Qui riaient d’Orphée et d’HélèneAvec des Phrynés de carton !
Ce qui reste dans tes muraillesOù l’on ne connaît pas l’effroi,Par le sang et par les entrailles,O Paris ! est digne de toi.
Ceux qui demeurent, sur la lèvreOnt la bataille sans merci ;Et, fils de Mercier ou de FebvreOu bien fils de Montmorency,
Ils ont des cœurs que rien ne glace,Et combattre est leur seul besoin.Tes fils, ô grande Populace,Et les marquis venus de loin
Ont les désirs qui sont les nôtres ;Et Paris, qui veut tout souffrir,Voit que, les uns comme les autres,Ils savent marcher et mourir.
Le peuple, fait d’âmes stoïques,Ayant brisé son vieux lien,S’envole aux trépas héroïques,Et les marquis meurent, très-bien.
Ils vont où le plomb tue ou blesse,Les uns font bien, les autres mieux ;Et tous, populace et noblesse,Ils sont dignes de leurs aïeux !
Restés sans peur et sans reproche,Jacques Bonhomme avec Roland,Amadis de Gaule et GavrocheVont ensemble au combat hurlant,
Et, conquérant d’égales tombesDevant la batterie en feu,Mêlent, sous les éclats des bombes,Le sang rouge avec le sang bleu !
Novembre 1870.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a antre / ventre féminine, classiqueb rabougris / pourris masculine, classiquea douces / rousses féminine, classiqueb goût / tout masculine, classiquea pastiches / postiches féminine, classiqueb laids / bénissons-les masculine, classiquea haleine / d’Hélène féminine, classiqueb menton / carton masculine, classiquea murailles / entrailles féminine, classiqueb l’effroi / toi masculine, classiquea lèvre / Febvre féminine, classiqueb merci / Montmorency masculine, classiquea glace / Populace féminine, classiqueb besoin / loin masculine, classiquea nôtres / autres féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classiquea stoïques / héroïques féminine, classiqueb lien / très-bien masculine, classiquea blesse / noblesse féminine, classiqueb mieux / aïeux masculine, classiquea reproche / Gavroche féminine, classiqueb Roland / hurlant masculine, classiquea tombes / bombes féminine, classiqueb feu / bleu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources