Idylles prussiennes, 1871
Un vieux Monarque
Un monarque aux favoris blancs,Turbulent, ivrogne et féroce,Affronte les passants tremblantsEt gonfle sa poitrine en bosse.
Il est rouge comme du vin.Par Bacchus ! dit-il, on me brave !Moi le héros, l’homme divin !Moi le vainqueur ! moi, le burgrave !
Moi le vieux qui, depuis longtemps,Ai conquis, montrant ma semelle,L’Europe et tous ses habitants,Et les enfants à la mamelle !
Moi qui puis à mon gré vêtirLe bleu riant que chacun flatte,Ou la vieille pourpre de Tyr,L’azur céleste ou l’écarlate !
Voyez, j’ouvre mon calepinEnjolivé d’or et de nacre ;Qui veut perdre le goût du pain ?Qui faudra-t-il que je massacre ?
Qui donc m’a causé cet ennui ?Son destin irrémédiableEst de périr dès aujourd’hui,Je le tuerai, fût-ce le diable !
Or savez-vous qui parle ainsiD’une voix rauque et solennelleQui monte parfois jusqu’au si ?C’est le seigneur Polichinelle.
S’il a pris cet air espagnolDe fou décrochant une étoile,C’est qu’il regrette son Guignol,Son palais, sa maison de toile,
Dont un large obus éperduA massacré la vieille gloire,L’autre jour, au beau milieu duCarrefour de l’Observatoire.
Janvier 1871.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a blancs / tremblants masculine, classiqueb féroce / bosse féminine, classiquea vin / divin masculine, classiqueb brave / burgrave féminine, classiquea longtemps / habitants masculine, classiqueb semelle / mamelle féminine, classiquea vêtir / Tyr masculine, classiqueb flatte / l’écarlate féminine, classiquea calepin / pain masculine, classiqueb nacre / massacre féminine, classiquea ennui / aujourd’hui masculine, classiqueb irrémédiable / diable féminine, classiquea ainsi / si masculine, classiqueb solennelle / Polichinelle féminine, classiquea espagnol / Guignol masculine, classiqueb étoile / toile féminine, classiquea éperdu / du masculine, classiqueb gloire / l’Observatoire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources