Les Cariatides, 1842· Livre deuxième· Songe d’hiver
X. « Je bois à toi, jeune reine »
Je bois à toi, jeune reine !Endormeuse souveraine,Oublieuse des soucis !Car c’est pour bercer ma joieQue ton caprice déploieLes lits de pourpre et de soie,Charmeresse aux noirs sourcils !
Ta folle toison hardieBrille comme l’incendieHôtesse du flot amer,Ta gorge aiguë étincelleDans un rayon qui ruisselle ;Tu gardes sous ton aisselleTous les parfums de la mer.
Ta chevelure est vivante.Elle frappe d’épouvanteLe lion et le vautour :Sur ton beau ventre d’ivoireS’éparpille une ombre noire,Et tu marches dans ta gloire,Superbe comme une tour.
Ô déesse protectrice !Heureux, ô sage nourrice,L’athlète aux muscles ardentsQui tout couvert de blessures,D’écume et de meurtrissures,Appelle encor les morsuresDe ta lèvre et de tes dents !
Toi seule, ô bonne déesse,As l’incurable tristesseDe l’étoile et de la fleurSous l’or touffu qui te baigne ;Et ton désespoir m’enseigneSur ton flanc glacé qui saigneL’extase de la douleur.
Honte au cœur timide ! Il trouveSous ta figure, la louveQu’il nomme réalité.Mais à celui qui t’adoreTa main, où tout flot se dore,Verse, ô fille de Pandore,Un vin d’immortalité !
Versification
- Forme
- 6 septains (septains)
- Rimes
- 6(aabcccb)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 6 septains
- Mots à la rime
- a reine / souveraine féminine, classiqueb soucis / sourcils masculine, classiquec joie / déploie / soie féminine, classiquea hardie / l’incendie féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquec étincelle / ruisselle / aisselle féminine, classiquea vivante / d’épouvante féminine, classiqueb vautour / tour masculine, classiquec d’ivoire / noire / gloire féminine, classiquea protectrice / nourrice féminine, classiqueb ardents / dents masculine, classiquec blessures / meurtrissures / morsures féminine, classiquea déesse / tristesse féminine, classiqueb fleur / douleur masculine, classiquec baigne / m’enseigne / saigne féminine, classiquea trouve / louve féminine, classiqueb réalité / d’immortalité masculine, classiquec t’adore / dore / Pandore féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources