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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cariatides, 1842· Livre deuxième

Leïla

Théodore de Banville· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

Tu as loué en rimes qui,
par leur enchainement donnent
l’idée d’une étoffe rayée d’Yémen.TRADUCTION D’UN POÈME ARABE, Notes des Orientales.

Il semble qu’aux sultans Dieu mêmePour femmes donne ses houris.Mais, pour moi, la vierge qui m’aime,La vierge dont je suis épris, —

Les sultanes troublent le mondePour accomplir un de leurs vœux. —La vierge qui m’aime est plus blondeQue les sables sous les flots bleus.

Le duvet où leur front sommeilleAu poids de l’or s’amoncela. —Rose, une rose est moins vermeilleQue la bouche de Leïla.

Elles ont la ceinture étroite,Les perles d’or et le turban. —Sa taille flexible est plus droiteQue les cèdres du mont Liban !

Le hamac envolé se pencheEt les berce en son doux essor. —L’étoile au front des cieux est blanche,Mais sa joue est plus blanche encor.

Elles ont la fête nocturneAux lueurs des flambeaux tremblants. —Ses bras comme des anses d’urneS’arrondissent polis et blancs.

Elles ont de beaux bains de marbreOù sourit le ciel étoilé. —Comme elle dormait sous un arbre,J’ai vu son beau sein dévoilé.

Chaque esclave au tyran veut plaireComme chaque fleur au soleil. —Elle n’a pas eu de colèreQuand j’ai troublé son cher sommeil,

Dans leurs palais d’or, prisons closes,Leurs chants endorment leurs ennuis. —Elle m’a dit tout bas des chosesQue je rêve tout haut les nuits !

Sa hautesse les a d’un signe.Il est le seul et le premier. —Ses bras étaient comme la vigneQui s’enlace aux bras du palmier !

Quand un seul maître a cent maîtresses,Un jour n’a pas de lendemain. —Elle m’inondait de ses tressesPleines d’un parfum de jasmin !

Ce sont cent autels pour un prêtre,Ou pour un seul char cent essieux. —Nous avons cru voir apparaîtreLa neuvième sphère des cieux !

Quelquefois les sultanes lèventUn coin de leur voile en passant. —Nous avions l’extase que rêventLes élus du dieu tout-puissant !

Mais ce crime est la perte sûreDes amants, toujours épiés. —Laissez-moi baiser sa chaussureEt mettre mon front sous ses pieds !

février 1841.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a même / m’aime féminine, classiqueb houris / épris masculine, classiquea monde / blonde féminine, classiqueb vœux / bleus masculine, classiquea sommeille / vermeille féminine, classiqueb s’amoncela / Leïla masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb turban / Liban masculine, classiquea penche / blanche féminine, classiqueb essor / encor masculine, classiquea nocturne / d’urne féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea marbre / arbre féminine, classiqueb étoilé / dévoilé masculine, classiquea plaire / colère féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea closes / choses féminine, classiqueb ennuis / nuits masculine, classiquea signe / vigne féminine, classiqueb premier / palmier masculine, classiquea maîtresses / tresses féminine, classiqueb lendemain / jasmin masculine, classiquea prêtre / apparaître féminine, classiqueb essieux / cieux masculine, classiquea lèvent / rêvent féminine, classiqueb passant / tout-puissant masculine, classiquea sûre / chaussure féminine, classiqueb épiés / pieds masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources