Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Exilés, 1867

L’attrait du gouffre

Théodore de Banville· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

Oh ! Que me voulez-vous,‖ lueurs vertigineuses ?Divin silence, attrait‖ du néant, laisse-moi !Ainsi la mer, songeant‖ par les nuits lumineuses,Me faisait tressaillir‖ de tendresse et d’effroi.

Ces yeux où les chansons‖ des sirènes soupirent,Océans éperdus,‖ gouffres inapaisés,Bleus firmaments où rien‖ ne doit vivre, m’inspirentLa haine de la joie‖ et l’oubli des baisers.

Les yeux pensifs, les yeux‖ de cette charmeresseSont faits d’un pur aimant‖ dont le pouvoir fatalCommunique une chaste‖ et merveilleuse ivresseEt ce mal effréné,‖ la soif de l’idéal.

Ils ne s’abritent pas,‖ solitudes sans voiles,Sous des cils baignés d’or‖ et sous de fiers sourcils ;Ondes où vont mourir‖ les flèches des étoiles,Rien ne cache au regard‖ leur mirage indécis.

Ce sont les lacs sans borne‖ où s’égare mon âme ;Leur azur éthéré,‖ vaste et silencieux,Saphir terrible et doux,‖ sans lumière et sans flamme,Vole sa transparence‖ à d’ineffables cieux.

Je sais que ce désert‖ plein de mélancolieEngloutit mon courage‖ en vain ressuscité,Et que je ne peux pas,‖ sans trouver la folie,Chercher ta perle, amour !‖ Dans cette immensité.

L’éblouissement clair‖ de ces froides prunellesOù le féroce ennui‖ voudrait à son loisirSavourer le poison‖ des langueurs éternellesM’enchante et me ravit‖ dans un vague désir.

Il n’est plus temps de fuir,‖ laisse toute espérance !Ils m’ont appris, ces flots‖ aux cruelles pâleurs,Les voluptés du calme‖ et de l’indifférence,Et l’extase a tari‖ la source de mes pleurs.

L’abîme où, sans retour,‖ mon rêve s’embarrasse,Semble immobile ; mais‖ je le sens tournoyer.Comme une lèvre humide,‖ il m’attire et m’embrasse,Et ma lâche raison‖ frémit de s’y noyer.

Eh bien, je poursuivrai‖ mon destin misérable :Par-delà le fini,‖ par-delà le réel,Je veux boire à longs traits‖ cette angoisse adorableEt souffrir les ennuis‖ de ce bonheur mortel.

Bellevue, avril 1858.

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a vertigineuses / lumineuses féminine, classiqueb laisse-moi / d’effroi masculine, classiquea soupirent / m’inspirent féminine, classiqueb inapaisés / baisers masculine, classiquea charmeresse / ivresse féminine, classiqueb fatal / l’idéal masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb sourcils / indécis masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquea mélancolie / folie féminine, classiqueb ressuscité / immensité masculine, classiquea prunelles / éternelles féminine, classiqueb loisir / désir masculine, classiquea espérance / l’indifférence féminine, classiqueb pâleurs / pleurs masculine, classiquea s’embarrasse / m’embrasse féminine, classiqueb tournoyer / noyer masculine, classiquea misérable / adorable féminine, classiqueb réel / mortel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources