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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Exilés, 1867

Le pantin de la petite Jeanne

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 56 vers

À présent, le pantin‖ est accroché devantVotre table. Il est là,‖ bien tranquille, et souventIl sourit. On l’a fait‖ avec une poupéeHabillée en Pierrot.‖ Sa taille est bien drapée ;Puis il est gracieux‖ comme le jour qui naît.Il songe, avec des yeux‖ bleu sombre. Si ce n’estQue les rubans, les nœuds‖ d’amour et les bouffettesDe son habit sont bleus,‖ et ses deux lèvres faitesEn vermillon, il est‖ tout blanc, comme l’hiver.À son petit chapeau‖ tient un anneau de ferPour qu’on puisse le pendre‖ avec un fil. Sa faceEst d’un rose charmant‖ que jamais rien n’efface,Et l’habit est de neige‖ et les agréments bleus.Il garde la douceur‖ des êtres fabuleux :Il est sérieux, mais‖ avec un air de fête.Il est blanc. Ses cheveux,‖ qui volent sur sa tête,Sont blancs aussi, naïve‖ innocence des jeux !Ils sont en ouate ; ils font‖ comme un ciel nuageuxSous le chapeau pointu‖ qui lui couvre le crâne,Et c’était le joujou‖ de la petite Jeanne.Oh ! Je vous tresse, fleurs‖ pâles du souvenir !Elle n’aurait pas eu‖ la force de tenirCe jouet de fillette‖ avec sa main trop tendre ;Mais on avait trouvé‖ cela, de le suspendreAvec un léger fil‖ au-dessus du berceau.La douce enfant, tremblant‖ de froid comme un oiseau,En voyant la poupée‖ essayait de sourire.Ses deux mains y touchaient‖ alors, chère martyre !D’un geste maladif,‖ vaguement enfantin,Et l’on voyait trembler‖ à peine le pantin.C’est qu’elle était si faible,‖ elle était si petite !Pensive, elle ployait‖ sous l’atteinte mauditeD’un mal mystérieux,‖ privée encor de tout,Ne pouvant ni marcher‖ ni se tenir debout.Pendant ce temps qu’elle a‖ vécu, toute une année !Elle a souffert toujours,‖ pauvre rose fanée,Qui frissonnait, brisée‖ et blanche, au moindre vent.Dans ses profonds yeux bruns‖ brillait un feu mouvantEt la douleur brûlait‖ sa prunelle ingénue.Mais, après, elle était‖ vite redevenueCharmante. Reposée‖ après ce long effort,Elle semblait dormir‖ tranquillement. La mortBienfaisante, effaçant‖ la tristesse et le hâle,Avait rendu la grâce‖ au doux visage pâle,Et sur le petit front‖ par le calme enchantéComme un lys immobile‖ avait mis la beauté.Elle était belle ; mais‖ qu’elle est plus belle encoreAux cieux ! Elle est la vie‖ en fleur qui vient d’éclore.Maintenant, maintenant,‖ mère, je vous le dis,Elle est là-haut, avec‖ les saints du paradis.Elle est forte, elle peut‖ marcher ; ses pieds sont lestesEt s’envolent, guidés‖ par les harpes célestes.Son front est plus riant‖ qu’une perle d’Ophir.Elle a de beaux pantins‖ d’opale et de saphir,Et triomphante, et rose,‖ et libre de ses langes,Elle joue en chantant‖ sur les genoux des anges.

18-19 avril 1863.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a devant / souvent masculine, classiqueb poupée / drapée féminine, classiquea naît / n’est masculine, classiqueb bouffettes / faites féminine, classiquea l’hiver / fer masculine, classiqueb face / n’efface féminine, classiquea bleus / fabuleux masculine, classiqueb fête / tête féminine, classiquea jeux / nuageux masculine, classiqueb crâne / Jeanne féminine, classiquea souvenir / tenir masculine, classiqueb tendre / suspendre féminine, classiquea berceau / oiseau masculine, classiqueb sourire / martyre féminine, classiquea enfantin / pantin masculine, classiqueb petite / maudite féminine, classiquea tout / debout masculine, classiqueb année / fanée féminine, classiquea vent / mouvant masculine, classiqueb ingénue / redevenue féminine, classiquea effort / mort masculine, classiqueb hâle / pâle féminine, classiquea enchanté / beauté masculine, classiqueb encore / d’éclore féminine, classiquea dis / paradis masculine, classiqueb lestes / célestes féminine, classiquea d’Ophir / saphir masculine, classiqueb langes / anges féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources