Les stalactites, 1846
A Olympio
C’est peu qu’avec son lait une mère amazone
M’ait fait sucer encor cet orgueil qui t’étonne.Racine.
O poëte ! courbé‖ sur mon œuvre lyrique,Ambitieux du ciel,Je veux savoir par moi‖ la hauteur chimériqueOù peut monter Babel.
Je ferai fourmiller‖ dans mes architectures,Tenace en mon dessein,Le chœur éblouissant‖ des mille créaturesQui vivent dans mon sein.
Je veux voir de mes yeux‖ l’Olympe dont la neigeBlanchit le front chenu,Et les Grâces que suit‖ Éros, riant cortège,Folâtrer le sein nu !
Comme dans les combats‖ du superbe Encelade,Ardent comme un lion,Si ce n’est point assez‖ d’Ossa pour l’escalade,J’y mettrai Pélion.
J’irai jusques au ciel,‖ dans ses voûtes profondes,Lui voler pour mes versLe rhythme qu’en dansant‖ chantent en chœur les mondesQui forment l’univers.
Je boirai le nectar‖ de la force première,Et dans la main du dieu,Impassible titan,‖ chercheur de la lumière,J’irai voler le feu.
Alors, vous que j’ai faits‖ et d’une fange vileEt de ce qui m’est cher,Vous vivrez de ma vie,‖ ô colosses d’argile,Et vous vous ferez chair !
Vous vivrez, ô mes fils !‖ et comme d’un jeune arbreOn secouerait les fleurs,Moi je ferai couler‖ avec mon doigt de marbreVotre sang et vos pleurs.
Comme une floraison‖ par le printemps hâtée,Par l’effort de mon brasTu sortiras du bloc,‖ ô jeune Galatée !Et tu me souriras !
Moi-même dans tes yeux‖ j’allumerai l’étoileD’or et de diamant,Et, père enorgueilli,‖ je te tiendrai sans voileSous mes lèvres d’amant !
Car je me sens élu‖ pour ton amour étrangeQui me cherche et me fuit.J’ai le cœur de Jacob,‖ et je puis avec l’AngeLutter toute une nuit.
La Muse me sait fort,‖ et m’est souvent prodigueDe ses âpres baisers,Qui font que l’impuissant‖ décroise de fatigueSes bras martyrisés.
Toi qu’elle aime, ô poëte,‖ à qui la voix de l’OdeEn ton berceau parlait !Toi que, petit enfant,‖ la fille d’HésiodeA nourri de son lait !
Victorieux lutteur,‖ qui tiens en main la palme,Qui, déjà radieux,Le front ceint de laurier,‖ trônes dans le bleu calmePareil aux demi-dieux !
Si je te parle ainsi‖ de la Déesse, ô maître !C’est que dans ce moment,A la face du ciel,‖ toi seul et moi peut-êtreL’aimons sincèrement.
Mai 1845.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (30 de 6, 30 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a lyrique / chimérique féminine, classiqueb ciel / Babel masculine, classiquea architectures / créatures féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquea neige / cortège féminine, classiqueb chenu / nu masculine, classiquea Encelade / l’escalade féminine, classiqueb lion / Pélion masculine, classiquea profondes / mondes féminine, classiqueb vers / l’univers masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb dieu / feu masculine, classiquea vile / d’argile féminine, classiqueb cher / chair masculine, classiquea arbre / marbre féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea hâtée / Galatée féminine, classiqueb bras / souriras masculine, classiquea l’étoile / voile féminine, classiqueb diamant / d’amant masculine, classiquea étrange / l’Ange féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquea prodigue / fatigue féminine, classiqueb baisers / martyrisés masculine, classiquea l’Ode / d’Hésiode féminine, classiqueb parlait / lait masculine, classiquea palme / calme féminine, classiqueb radieux / demi-dieux masculine, classiquea maître / peut-être féminine, classiqueb moment / sincèrement masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources