Les stalactites, 1846
Décor
Dans les grottes sans fin‖ brillent les Stalactites.
Du cyprès gigantesque‖ aux fleurs les plus petites,Un clair jardin s’accroche‖ au rocher spongieux,Lys de glace, roseaux,‖ lianes, clématites.
Des thyrses pâlissants,‖ bouquets prestigieux,Naissent, et leur éclat‖ mystique diviniseDes villes de féerie‖ au vol prodigieux.
Voici les Alhambras‖ où Grenade éterniseLe trèfle pur ; voici‖ les palais aux plafondsEn feu, d’où pendent clairs‖ les lustres de Venise.
Transparents et pensifs,‖ de grands sphinx, des griffonsProjettent des regards‖ longs et mélancoliquesSur des Dieux monstrueux‖ aux costumes bouffons.
Dans un tendre cristal‖ aux reflets métalliquesS’élancent, dessinant‖ le rhythme essentiel,Vos clochetons à jour,‖ ô sveltes basiliques,
Et sous l’arbre sanglant‖ et providentielDe la croix, sont éclos,‖ enamourés des mythes,Les vitraux où revit‖ tout le peuple du ciel.
Stalactites tombant‖ des voûtes, stalagmitesMontant du sol, partout‖ les orgueilleux glaçonsArgentent de splendeurs‖ l’horizon sans limites.
Babels de diamants‖ où courent des frissons,Colonnes à des Dieux‖ inconnus dédiées,Souterrains éblouis,‖ miraculeux buissons,
Tout frémit : cent lueurs‖ baignent, irradiées,Les coupoles qui sont‖ pareilles à des cieux.Pourtant c’est le destin,‖ voûtes incendiées !
Le voyageur, ravi‖ dans ce lieu précieuxEt sachant qu’une Nymphe‖ auguste est son hôtesse,Parfois sur vos trésors‖ lève un œil soucieux.
Quel trouble appesanti‖ sur leur délicatessePare de la langueur‖ mourante du sommeilCes merveilles du rêve,‖ et d’où vient leur tristesse ?
Hélas ! l’ardent soleil‖ de Dieu, le vrai soleilNe les éclaire pas‖ de son regard propiceEt fait voler plus haut‖ ses flèches d’or vermeil.
Sous un mont que jamais‖ le lierre ne tapisse,Vit cet enchantement‖ qui tremble au son du cor,Gardé par la caverne‖ et par le précipice.
Mais (chère nymphe, ô Muse‖ inassouvie encor,Que devance le chœur‖ ailé des Métaphores),Pour installer ce rare‖ et flamboyant décor,
Sous ces blancs chapiteaux‖ et ces arceaux sonoresOù les métaux ont mis‖ leur charme et leurs poisons,Il a fallu les pleurs‖ des Soirs et des Aurores.
Car, toi pour qui le roc‖ orna ces floraisonsDe rose, de safran‖ et d’azur constellées,Tu le sais, Poésie,‖ ange de nos raisons,
Ces caprices divins‖ sont des larmes gelées !
Décembre 1846.
Versification
- Forme
- Terza rima avec vers prélude (terza rima)
- Rimes
- a 16(aba) b
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a Stalactites / petites / clématites féminine, classiqueb spongieux / prestigieux / prodigieux masculine, classiquec divinise / éternise / Venise féminine, classiquea plafonds / griffons / bouffons masculine, classiqueb mélancoliques / métalliques / basiliques féminine, classiquec essentiel / providentiel / ciel masculine, classiquea mythes / stalagmites / limites féminine, classiqueb glaçons / frissons / buissons masculine, classiquec dédiées / irradiées / incendiées féminine, classiquea cieux / précieux / soucieux masculine, classiqueb hôtesse / délicatesse / tristesse féminine, classiquec sommeil / soleil / vermeil masculine, classiquea propice / tapisse / précipice féminine, classiqueb cor / encor / décor masculine, classiquec Métaphores / sonores / Aurores féminine, classiquea poisons / floraisons / raisons masculine, classiqueb constellées / gelées féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources