Les stalactites, 1846
La Chanson du Vin
Un soir l’âme du vin
chantait dans les bouteilles.Charles Baudelaire.
Parmi les gazonsTout en floraisonsDessous les treilles,J’écoute sans finLa chanson du VinDans les bouteilles.
L’Ode à l’IdéalAu fond du cristalCoule embaumée.La strophe bruit,Et, limpide, suitSa sœur charmée.
Les nectars vermeilsChantent les soleilsDe la jeunesse,Et tous les retoursQui font nos amoursPleins de tristesse ;
Et le dieu cornu,Le beau guerrier nu,Dans les mêlées,Qui guide en rêvantDes femmes au ventÉchevelées ;
Le dieu des pressoirsQui, sous les pins noirsDu mont Ménale,Fait, pendant la nuit,Courir à grand bruitLa bacchanale !
Et le tambourinDes vierges sans freinDans leurs querelles,Qui, loin des regards,Dans les bois éparsS’aiment entre elles ;
Et le chœur dansantQui, rouge, et versantDans son délireLe sang et le vin,Brise le devinAvec sa lyre !
Le Nectar nous dit :O vous qu’engourditLa Poésie,Plus de vains sanglots !Buvez à mes flotsLa fantaisie.
Ne réservez plusVos vœux superflusEt vos tendressesPour les impudeursEt pour les froideursDe vos maîtresses.
Nos claires prisonsMontrent aux raisonsÉvanouiesL’âme des couleurs,Du rhythme et des fleursÉpanouies !
Nos secrets plaisirs,Nés dans les loisirs,Ont à s’accroître,Pour les sens domptésPlus de voluptésQue ceux du cloître.
Mais fuis, jeune élu,Le bois chevelu,Le flot rapideEt l’antre secretOù te rencontraitL’Aganippide !
Le thyrse est levé.Dans le lieu trouvéPour les mystères,Hurlent de fureurLes vierges en chœurEt les panthères.
Privé de tombeaux,L’impie en lambeauxMeurt comme Orphée.Dans l’onde à la foisSa lyre et sa voixPleure étouffée,
Tandis qu’au lointainBondit, le matin,Toute rougie,En vociférantSur l’indifférent,La sainte Orgie !
Septembre 1844.
Versification
- Forme
- 15 sizains (sizains)
- Rimes
- 15(aabccb)
- Mètre
- Pentasyllabes et tétrasyllabes (60 de 5, 30 de 4)· profil 5, 4
- Strophes
- 15 sizains
- Mots à la rime
- a gazons / floraisons masculine, classiqueb treilles / bouteilles féminine, classiquec fin / Vin masculine, classiquea l’Idéal / cristal masculine, classiqueb embaumée / charmée féminine, classiquec bruit / suit masculine, classiquea vermeils / soleils masculine, classiqueb jeunesse / tristesse féminine, classiquec retours / amours masculine, classiquea cornu / nu masculine, classiqueb mêlées / Échevelées féminine, classiquec rêvant / vent masculine, classiquea pressoirs / noirs masculine, classiqueb Ménale / bacchanale féminine, classiquec nuit / bruit masculine, classiquea tambourin / frein masculine, classiqueb querelles / elles féminine, classiquec regards / épars masculine, classiquea dansant / versant masculine, classiqueb délire / lyre féminine, classiquec vin / devin masculine, classiquea dit / qu’engourdit masculine, classiqueb Poésie / fantaisie féminine, classiquec sanglots / flots masculine, classiquea plus / superflus masculine, classiqueb tendresses / maîtresses féminine, classiquec impudeurs / froideurs masculine, classiquea prisons / raisons masculine, classiqueb Évanouies / Épanouies féminine, classiquec couleurs / fleurs masculine, classiquea plaisirs / loisirs masculine, classiqueb s’accroître / cloître féminine, classiquec domptés / voluptés masculine, classiquea élu / chevelu masculine, classiqueb rapide / L’Aganippide féminine, classiquec secret / rencontrait masculine, classiquea levé / trouvé masculine, classiqueb mystères / panthères féminine, classiquec fureur / chœur masculine, classiquea tombeaux / lambeaux masculine, classiqueb Orphée / étouffée féminine, classiquec fois / voix masculine, classiquea lointain / matin masculine, classiqueb rougie / Orgie féminine, classiquec vociférant / l’indifférent masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources