Nous tous, 1884
LII. Bal masqué
On peut voir des yeux de phosphoreBriller au bal de l’Opéra.C’est bien moins loin que le BosphoreEt que le faubourg de Péra.
Tous les ennuis sont prosaïques,Et la vie est un promenoir.Pourquoi pas sous les mosaïquesSe promener en habit noir ?
Plus d’allures dévergondées.Sur le bel escalier géantLes gens échangent leurs idées :Rien du tout, contre le néant.
L’âpre musique des Tziganes,Pensive comme le Destin,Étonne et ravit les organesAgacés par son bruit lointain,
Et jette, comme une caresse,Dans l’âme de nos Dalilas,Un vague désir de paresse,Avec la chanson des guzlas.
Quant au passé, qui sous les lustresEnchanta notre œil éblouiAvec ses tordions illustres,Tout cela s’est évanoui.
Chicard danse dans les étoiles !Et son plumet tressaille encorDans l’azur, et parmi les toilesDe ce vertigineux décor.
Pomaré, chaste en sa démenceDont jamais nous ne nous lassions,Danse un cavalier seul immenseAvec les constellations ;
Et raillant la lyre thébaine,Musard aux pâleurs de safranAgite son bâton d’ébèneDans le farouche Aldébaran.
Strauss, poursuivi par les huéesDes astres au front curieux,Emporte au milieu des nuéesLe sombre galop furieux ;
Et Gavarni, qui rêve encoreA leurs impudiques ardeurs,Voit se confondre avec l’auroreLes pourpres de ses débardeurs.
Masques, danseurs, satins, amantes,Bacchantes du long corridor,Mer, dont les vagues écumantesSe roulaient comme un serpent d’or ;
Avec ta face inanimée,Tu nous apparais, Carnaval,Comme on revoit dans la fuméeLe spectre d’un combat naval !
1er février 1884.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a phosphore / Bosphore féminine, classiqueb l’Opéra / Péra masculine, classiquea prosaïques / mosaïques féminine, classiqueb promenoir / noir masculine, classiquea dévergondées / idées féminine, classiqueb géant / néant masculine, classiquea Tziganes / organes féminine, classiqueb Destin / lointain masculine, classiquea caresse / paresse féminine, classiqueb Dalilas / guzlas masculine, classiquea lustres / illustres féminine, classiqueb ébloui / évanoui masculine, classiquea étoiles / toiles féminine, classiqueb encor / décor masculine, classiquea démence / immense féminine, classiqueb lassions / constellations masculine, classiquea thébaine / d’ébène féminine, classiqueb safran / Aldébaran masculine, classiquea huées / nuées féminine, classiqueb curieux / furieux masculine, classiquea encore / l’aurore féminine, classiqueb ardeurs / débardeurs masculine, classiquea amantes / écumantes féminine, classiqueb corridor / d’or masculine, classiquea inanimée / fumée féminine, classiqueb Carnaval / naval masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nous Tous., Paris, G. Charpentier et Cie, éditeurs, 1884· numérisation poesies.net· Sources