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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Nous tous, 1884

XXXIII. Pas de neige

Théodore de Banville· 10 sizains, octosyllabes, 60 vers

Paris, lorsque vient la froidure,Aime, pendant la saison dure,A s’orner de martre et de vair.Désireux d’embellir ses fêtesPar toutes ces toisons de bêtes,Il a dit au bonhomme Hiver :

O vieil Hiver, père des glaces !Qu’il neige sur mes larges placesEt sous mes horizons étroits,Comme là-bas, dans la Norvège,Pour que je voie un peu de neigeEn mil huit cent quatre-vingt-trois !

Oh ! que la neige, de son lustre,Blanchisse mon bitume illustre,Pour que, poëte essentiel,Je compare, en mes épigrammes,La neige et les lys de mes femmesAvec les lys tombés du ciel !

Tel, rêvant que sa face uséeFût blanche comme une épousée,Paris, en son désir goulu,Demandait que la neige pureL’enveloppât de sa guipure.Le vieil Hiver n’a pas voulu.

Il a dit : O ville de Flore,Qui toujours vois tes lys écloreEt tes diamants refleurir ;Ville folle, heureuse, adulée,Pour toi la neige immaculée ?Allons, tu t’en ferais mourir !

Quoi ! tes histrions et tes gruesSous leurs semelles incongruesFouleraient la neige au flanc pur,La neige, divine pucelle,Dont l’âpre candeur étincelleSous les caresses de l’azur !

Non. La neige avec orgueil toucheLes champs nus où l’été faroucheFaisait ruisseler des épisQui sont la joie et la richesse.Mais toi, courtisane et duchesse,Marche sur les riches tapis.

La neige est faite pour les cimesOù nous, les Dieux, nous nous assîmes ;Pour les monts, où la VéritéN’entend pas de sourdes huées,Et voit déchirer les nuéesPar le vol de l’aigle irrité.

Toi, promène-toi dans la boue ;Et, plus tard, quand le soleil joue,Dans tes bois aux sentiers fleuris.Mais quant à la neige divine,Je la garde pour la ravine.Tu t’en ferais mourir, Paris.

Laisse au chamois la neige blanche.Mais toi, peureux de l’avalanche,Au son du luth et du hautboisDont la molle chanson t’effleure,Foule, suivant le jour et l’heure,Ta pourpre, ou ton pavé de bois !

4 janvier 1884.

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
10(aabccb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a froidure / dure féminine, classiqueb vair / Hiver masculine, classiquec fêtes / bêtes féminine, classiquea glaces / places féminine, classiqueb étroits / quatre-vingt-trois masculine, classiquec Norvège / neige féminine, classiquea lustre / illustre féminine, classiqueb essentiel / ciel masculine, classiquec épigrammes / femmes féminine, classiquea usée / épousée féminine, classiqueb goulu / voulu masculine, classiquec pure / guipure féminine, classiquea Flore / éclore féminine, classiqueb refleurir / mourir masculine, classiquec adulée / immaculée féminine, classiquea grues / incongrues féminine, classiqueb pur / l’azur masculine, classiquec pucelle / étincelle féminine, classiquea touche / farouche féminine, classiqueb épis / tapis masculine, classiquec richesse / duchesse féminine, classiquea cimes / assîmes féminine, classiqueb Vérité / irrité masculine, classiquec huées / nuées féminine, classiquea boue / joue féminine, classiqueb fleuris / Paris masculine, classiquec divine / ravine féminine, classiquea blanche / l’avalanche féminine, classiqueb hautbois / bois masculine, classiquec t’effleure / l’heure féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nous Tous., Paris, G. Charpentier et Cie, éditeurs, 1884· numérisation poesies.net· Sources