Odelettes, 1856
A Gavarni
La Beauté, fatal aimant,Est pareille au diamantQue la fange peut mouillerSans le souiller.
Jusqu’au milieu du ruisseau,L’éclat pur de son berceauGarde un charme essentielQui vient du ciel.
Ainsi, leurs cheveux au vent,Vois ces folles qui souventBercent le premier venuSur leur bras nu.
Ces filles aux teints flétris,Qui dévisagent ParisAvec leur regard moqueur,N’ont plus de cœur.
Leur sein insensible et froidQue mord le corset étroit,N’a jamais pendant un jourTremblé d’amour.
Idoles ivres d’encens,Dont rien n’éveille les sens,Elle n’ont jamais pleuréNi soupiré.
Plus pâles que nos Ennuis,Ces spectres des folles nuitsNe mentent même pas bien,Et n’aiment rien.
Rien ! ni l’orgie et le balQui se tord en carnavalSous les clairons furieux,La flamme aux yeux,
Ni le Vin, or ruisselant,Âme du raisin sanglantQui met ses riches manteauxSur nos coteaux,
Ni la colère du Jeu,Qui rend puissants comme un dieuLes combattants éblouisDe ses louis,
Ni cette perle des mersArrachée aux flots amers,Ni Golconde et son trésor,Ni même l’Or !
Car l’Or sur notre chemin,C’est l’Art sacré dont la mainEmbellit les horizonsDe nos prisons ;
C’est la sereine fierté,C’est un jour de libertéSous les ombrages fleurisLoin de Paris ;
C’est l’Amitié, douce voix,Qu’on peut encore une foisAccueillir et mieux choyerA son foyer.
Mais ce gouffre où tout se perd !Mais elles ! L’or ne leur sertQu’à se parer de chiffonsPour des bouffons.
Pourquoi donc les chantons-nous,Cœurs de l’Idéal jaloux,Qui toujours au ciel obscurCherchons l’azur ?
Sur leurs têtes sans douceurPourquoi, poëte et penseur,Fais-tu jaillir un rayonDe ton crayon ?
O philosophe subtil,Dis-le-moi, que reste-t-ilA leur front désenchanté ?Quoi ? la Beauté !
La Beauté, miroir secret,Où l’amour divin paraîtReflété comme en un cielMatériel !
Mai 1855.
Versification
- Forme
- 19 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 19(aabb)
- Mètre
- Heptasyllabes et tétrasyllabes (57 de 7, 19 de 4)· profil 7, 4
- Strophes
- 19 quatrains
- Mots à la rime
- a aimant / diamant masculine, classiqueb mouiller / souiller masculine, classiquea ruisseau / berceau masculine, classiqueb essentiel / ciel masculine, classiquea vent / souvent masculine, classiqueb venu / nu masculine, classiquea flétris / Paris masculine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea froid / étroit masculine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea d’encens / sens masculine, classiqueb pleuré / soupiré masculine, classiquea Ennuis / nuits masculine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea bal / carnaval masculine, classiqueb furieux / yeux masculine, classiquea ruisselant / sanglant masculine, classiqueb manteaux / coteaux masculine, classiquea Jeu / dieu masculine, classiqueb éblouis / louis masculine, classiquea mers / amers masculine, classiqueb trésor / l’Or masculine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb horizons / prisons masculine, classiquea fierté / liberté masculine, classiqueb fleuris / Paris masculine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb choyer / foyer masculine, classiquea perd / sert masculine, classiqueb chiffons / bouffons masculine, classiquea chantons-nous / jaloux masculine, classiqueb obscur / l’azur masculine, classiquea douceur / penseur masculine, classiqueb rayon / crayon masculine, classiquea subtil / reste-t-il masculine, classiqueb désenchanté / Beauté masculine, classiquea secret / paraît masculine, classiqueb ciel / Matériel masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes. Les Éxilés. Odelettes, Améthystes, Rimes dorées, Rondels, les Princesses, Trente-six ballades joyeuses., Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1878· numérisation poesies.net· Sources