Odelettes, 1856
A Odette
Odette, vos cheveux vermeilsOnt le jaune éclat des soleilsParmi les moissons enchantées,Et caressent en nappes d’orVos tempes plus blanches encorQue des étoiles argentées.
Quand l’aurore rose à demiSe joue et frissonne parmiCette douce toison fatale,De pâles et tristes lueursÉclairent de reflets rêveursVotre joue aux teintes d’opale.
Sur votre jeune front penchéL’étincelle d’un feu cachéBrille dans vos yeux clairs et sombres,Et comme de tendres pistils,Les bandeaux soyeux de vos cilsVous caressent de grandes ombres.
Vos lèvres déjà tout en fleurOnt l’harmonieuse pâleurDe la sensitive froissée,Et ce lys que rien n’outragea,Votre front se courbe déjàSous l’orage de la pensée.
Vos regards sont si languissantsQu’à votre petit cœur je sensSaigner de secrètes blessures,Et parfois dans vos yeux pensifsJe crois voir s’amasser, captifs,Tous les pleurs des amours futures.
Ah ! que ces pleurs silencieuxNe coulent jamais de vos yeux !Et ne voyez jamais éclore,Autour de vos cheveux flottants,De nos saisons que le printempsEt de notre jour que l’aurore !
Que rien n’emplisse de sanglotsVotre âme pareille à ces flotsOù Dieu lui-même se reflète !Parlez aux cieux, aux champs, aux bois,Avec votre plus douce voix,Soyez heureuse, chère Odette !
Dites aux bosquets de rosiers :Je veux que vous me le disiezComment vos fleurs s’épanouissent,Et parmi de calmes amoursJe veux que ma vie et mes joursAinsi que vos roses fleurissent !
A la source dont le flot clairBoit le bleu transparent de l’air,Dites : Je veux, ô flots sans nombre,Que mes jours coulent, comme vous,Sur un chemin facile et doux,A l’abri d’un feuillage sombre !
Au bel Ange qui suit vos pas :Je veux que ma route ici-basNe soit qu’harmonie et sourires !Tel dans l’oasis du désertOn entend parfois un concertDe voix humaines et de lyres.
Tous écouteront votre vœu !Vous parliez encore au bon DieuHier dans les célestes féeries,Et vous devez encor savoirEn quels mots se parlent au soirUn ange et des roses fleuries.
Juillet 1846.
Versification
- Forme
- 11 sizains (sizains)
- Rimes
- 11(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 sizains
- Mots à la rime
- a vermeils / soleils masculine, classiqueb enchantées / argentées féminine, classiquec d’or / encor masculine, classiquea demi / parmi masculine, classiqueb fatale / d’opale féminine, classiquec lueurs / rêveurs masculine, classiquea penché / caché masculine, classiqueb sombres / ombres féminine, classiquec pistils / cils masculine, classiquea fleur / pâleur masculine, classiqueb froissée / pensée féminine, classiquec n’outragea / déjà masculine, classiquea languissants / sens masculine, classiqueb blessures / futures féminine, classiquec pensifs / captifs masculine, classiquea silencieux / yeux masculine, classiqueb éclore / l’aurore féminine, classiquec flottants / printemps masculine, classiquea sanglots / flots masculine, classiqueb reflète / Odette féminine, classiquec bois / voix masculine, classiquea rosiers / disiez masculine, classiqueb s’épanouissent / fleurissent féminine, classiquec amours / jours masculine, classiquea clair / l’air masculine, classiqueb nombre / sombre féminine, classiquec vous / doux masculine, classiquea pas / ici-bas masculine, classiqueb sourires / lyres féminine, classiquec désert / concert masculine, classiquea vœu / Dieu masculine, classiqueb féeries / fleuries féminine, classiquec savoir / soir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes. Les Éxilés. Odelettes, Améthystes, Rimes dorées, Rondels, les Princesses, Trente-six ballades joyeuses., Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1878· numérisation poesies.net· Sources