Odelettes, 1856
A Zélie
Ma sœur, ma sœur,‖ n’est-il pas de défenseContre l’affront du temps ?Qui les a pris,‖ ces jours de notre enfanceOù, les cheveux flottants,
Beaux, enviés‖ par les mères jalouses,Couple au regard vermeil,Tu me suivais‖ à travers les pelouses,Malgré le grand soleil ?
Te souvient-il‖ de ce jardin sauvageTout au cœur de Moulins,Où nous courions,‖ ignorant tout servage,Sous les arbres câlins ?
Il était triste‖ et rempli de mystères.Jamais ses beaux fruits mûrsN’étaient cueillis,‖ et les pariétairesEnvahissaient les murs.
Sur leur sommet‖ que la mousse inégalePeignait de ses couleurs,Montait superbe‖ un rosier du BengaleÉcrasé sous les fleurs.
Parfois, bercé‖ dans un songe illusoireDont s’enchantent mes yeux,Quand je revois‖ au fond de ma mémoireCe lieu mystérieux,
Mon souvenir,‖ empli de ses murmuresEt de ses floraisons,Y réunit‖ les diverses paruresDe toutes les saisons,
Et tout se mêle‖ ainsi qu’une famille :Les soucis et les lys,La vigne folle‖ avec la grenadille ;Près des volubilis
Le glaïeul rose‖ et ses feuilles en pointes ;Partout le vert lézardVenait courir‖ sur les pierres disjointes ;La liberté sans art
Avait rendu‖ leurs énergiques posesAux vieux arbres fruitiers,Et sur le mur‖ pendaient, blanches et roses,Des touffes d’églantiers,
Les nénufars,‖ dans la mare déserte,Fleurissaient sur les eaux,Où se formait‖ une enveloppe verteA l’abri des roseaux.
Dis, nous vois-tu‖ dévastant les groseillesEt les grains du cassis ?Autour de nous‖ voltigeaient les abeilles,L’éclatante chrysis,
Et mille oiseaux,‖ en bandes familières,Se penchaient tout le jourPour boire, au bord‖ des urnes que des lierresTapissaient à l’entour.
La solitude‖ avait pris sa revanche.Dans ce recueillementL’ortie, hélas !‖ coudoyait la pervenche :C’était morne et charmant.
Nous jouions là,‖ gais pour une chimère,Courant, ou bien assisDans le gazon.‖ Parfois notre grand’mère,La veuve aux chers soucis
Qui fut si belle‖ et qui mourut si jeune,Se montrait sur le seuil,Le front pâli‖ comme par un long jeûne,Triste et douce, en grand deuil.
Juin 1846.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et décasyllabes (32 de 6, 32 de 10)· profil 6, 4+6
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a défense / enfance féminine, classiqueb temps / flottants masculine, classiquea jalouses / pelouses féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea sauvage / servage féminine, classiqueb Moulins / câlins masculine, classiquea mystères / pariétaires féminine, classiqueb mûrs / murs masculine, classiquea inégale / Bengale féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea illusoire / mémoire féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea murmures / parures féminine, classiqueb floraisons / saisons masculine, classiquea famille / grenadille féminine, classiqueb lys / volubilis masculine, classiquea pointes / disjointes féminine, classiqueb lézard / art masculine, classiquea poses / roses féminine, classiqueb fruitiers / d’églantiers masculine, classiquea déserte / verte féminine, classiqueb eaux / roseaux masculine, classiquea groseilles / abeilles féminine, classiqueb cassis / chrysis masculine, classiquea familières / lierres féminine, classiqueb jour / l’entour masculine, classiquea revanche / pervenche féminine, classiqueb recueillement / charmant masculine, classiquea chimère / grand’mère féminine, classiqueb assis / soucis masculine, classiquea jeune / jeûne féminine, classiqueb seuil / deuil masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes. Les Éxilés. Odelettes, Améthystes, Rimes dorées, Rondels, les Princesses, Trente-six ballades joyeuses., Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1878· numérisation poesies.net· Sources