Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odelettes, 1856

Les Muses au Tombeau

Théodore de Banville· 25 quatrains, hexasyllabes et tétrasyllabes, 100 vers

Près de la pierre closeSous laquelle reposeThéophile Gautier,(Non tout entier,

Car par son œuvre altièreCe dompteur de matièreEst comme auparavantToujours vivant,)

Regardant cette tombeDe leurs yeux de colombe,Les Muses vont pleurantEt soupirant.

Toutes se plaignent : celleDont l’œil sombre étincelleEt qui réveille encorLe clairon d’or,

Celle que le délireEffréné de la LyreOffre aux jeux arrogantsDes ouragans,

Celle qui rend docileUn mètre de SicileEt tire du roseauDes chants d’oiseau,

Celle qui, dans son rêveFarouche, porte un glaiveFrissonnant sur son flancTaché de sang,

Et celle qui se joueEt pour orner sa jouePrend aux coteaux voisinsLes noirs raisins,

Et la plus intrépide,La Nymphe au pied rapide,Celle qui, sur les montsOù nous l’aimons,

Par sa grâce savante,Fait voir, chanson vivante,Les rhythmes clairs dansantsEt bondissants.

Oui, toutes se lamententEt pieusement chantentDans l’ombre où leur amiS’est endormi.

Car il n’en est pas uneQui n’ait eu la fortuneD’obtenir à son tourSon fier amour ;

Pas une qu’en sa vieIl n’ait prise et raviePar un chant immortelEmpli de ciel !

Ses pas foulaient ta cime,Mont neigeux et sublimeOù nul Dieu sans effroiNe passe ; et toi,

Fontaine violette,Il a vu, ce poëte,Errer dans tes ravinsLes chœurs divins !

Et toi, monstre qui passesA travers les espaces,Usant ton sabot surLes cieux d’azur,

Cheval aux ailes blanchesComme les avalanches,Tu prenais ton vol, l’œilIvre d’orgueil,

Quand sa main blanche et nueT’empoignait sous la nue,Ainsi que tu le veux,Par les cheveux !

Mais, ô Déesses pures,Ornez vos cheveluresDe couronnes de fleurs,Séchez vos pleurs !

Car le divin poëteQue votre voix regretteVa sortir du tombeauJoyeux et beau.

Les Odes qu’il fit naîtreLui redonneront l’êtreA leur tour, et ferontCroître à son front

Victorieux de l’ombre,L’illustre laurier sombreQue rien ne peut fanerNi profaner.

Toujours, parmi les hommes,Sur la terre où nous sommesIl restera vivant,Maître savant

De l’Ode cadencée,Et sa noble penséeQue notre âge adora,Joyeuse, aura

Pour voler sur les lèvresQue brûleront les fièvresDe notre humanitéL’éternité !

Jeudi, 7 novembre 1872.

Versification

Forme
25 quatrains (quatrains)
Rimes
25(aabb)
Mètre
Hexasyllabes et tétrasyllabes (75 de 6, 25 de 4)· profil 6, 4
Strophes
25 quatrains
Mots à la rime
a close / repose féminine, classiqueb Gautier / entier masculine, classiquea altière / matière féminine, classiqueb auparavant / vivant masculine, classiquea tombe / colombe féminine, classiqueb pleurant / soupirant masculine, classiquea celle / étincelle féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea délire / Lyre féminine, classiqueb arrogants / ouragans masculine, classiquea docile / Sicile féminine, classiqueb roseau / d’oiseau masculine, classiquea rêve / glaive féminine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquea joue féminine, classiqueb voisins / raisins masculine, classiquea intrépide / rapide féminine, classiqueb monts / l’aimons masculine, classiquea savante / vivante féminine, classiqueb dansants / bondissants masculine, classiquea lamentent / chantent féminine, classiqueb ami / endormi masculine, classiquea une / fortune féminine, classiqueb tour / amour masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb immortel / ciel masculine, classiquea cime / sublime féminine, classiqueb effroi / toi masculine, classiquea violette / poëte féminine, classiqueb ravins / divins masculine, classiquea passes / espaces féminine, classiqueb sur / d’azur masculine, classiquea blanches / avalanches féminine, classiqueb l’œil / d’orgueil masculine, classiquea nue féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquea pures / chevelures féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea poëte / regrette féminine, classiqueb tombeau / beau masculine, classiquea naître / l’être féminine, classiqueb feront / front masculine, classiquea l’ombre / sombre féminine, classiqueb faner / profaner masculine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb vivant / savant masculine, classiquea cadencée / pensée féminine, classiqueb adora / aura masculine, classiquea lèvres / fièvres féminine, classiqueb humanité / L’éternité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes. Les Éxilés. Odelettes, Améthystes, Rimes dorées, Rondels, les Princesses, Trente-six ballades joyeuses., Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1878· numérisation poesies.net· Sources