Odelettes, 1856
Loisir
Nous avons vu ce mois d’AvrilEngourdi par un froid subtil :Le printemps était en péril.
Enfin, tout se métamorphose !Mai, comme un jeune sein, arroseDe pourpre le bouton de rose.
Le vieil Hiver est aux abois.Lauriers, c’est à vous que je bois :Si, nous irons encore au bois !
Les pommiers sont couverts de neige.Avec tout son riant cortège,Le nouveau soleil nous assiège.
Enfants blonds comme les épis,Ébattez-vous, Amours, tapisSur mes divans et mes tapis !
Voici les jours où tout me presseDe chercher ta molle caresse,Poétique et sage Paresse !
L’utile est enfin négligé.Depuis ce beau temps enragé,Chacun prend un petit congé.
Chacun, dans le mois de la sève,A son dur labeur donne trêve,Pour dorloter un peu son rêve.
L’homme grave songe aux houris :On le voit quêter les sourisDe mesdemoiselles Souris.
On a du répit, même au bagne.Le feuilletoniste en campagneVa revoir la Grèce ou l’Espagne.
Ploutos dédaigne son trésor,Et, pour six semaines encor,Défend qu’on lui montre de l’or.
Nous, par les mêmes théories,Nous fuyons les imprimeries,Le mélodrame et les féeries.
Le soir on ne boit plus de thé,Et notre journal endettéEntame les romans d’été.
Les théâtres n’ont plus de queues ;Scapin court pendant quatre lieuesAprès les petites fleurs bleues.
L’artiste, affolé de rayons,S’en va regarder les TroyonsQue le bon Dieu fait sans crayons.
Rose sort à pied, sans berline,Sans fard, sans diamants. CélineMet sa robe de mousseline.
Le savant au cœur plein de foiBouquine avec un tendre émoiPour trouver un Estienne. Et moi,
Cependant que les violettesOuvrent leurs fraîches cassolettes,Je rimerai des Odelettes.
Mai 1855.
Versification
- Forme
- 18 tercets (tercets)
- Rimes
- 18(aaa)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 18 tercets
- Mots à la rime
- a d’Avril / subtil / péril masculine, classiquea métamorphose / arrose / rose féminine, classiquea abois / bois masculine, classiquea neige / cortège / assiège féminine, classiquea épis / tapis masculine, classiquea presse / caresse / Paresse féminine, classiquea négligé / enragé / congé masculine, classiquea sève / trêve / rêve féminine, classiquea houris / souris / Souris masculine, classiquea bagne / campagne / l’Espagne féminine, classiquea trésor / encor / l’or masculine, classiquea théories / imprimeries / féeries féminine, classiquea thé / endetté / d’été masculine, classiquea queues / lieues / bleues féminine, classiquea rayons / Troyons / crayons masculine, classiquea berline / Céline / mousseline féminine, classiquea foi / émoi / moi masculine, classiquea violettes / cassolettes / Odelettes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes. Les Éxilés. Odelettes, Améthystes, Rimes dorées, Rondels, les Princesses, Trente-six ballades joyeuses., Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1878· numérisation poesies.net· Sources