Odes funambulesques, 1857
Monsieur Coquardeau
Roi des crétins,‖ qu’avec terreur on nomme,Grand Coquardeau,‖ non, tu ne mourras pas.Lépidoptère‖ en habit de prudhomme,Ta majesté‖ t’affranchit du trépas,Car tu naquis‖ aux premiers jours du monde,Avant les cieux‖ et les terres et l’onde.Quand le métal‖ entrait en fusion,Titan, instruit‖ par une visionQue son travail‖ durerait la semaine,Fondit d’abord,‖ et par provision,Le front serein‖ de la bêtise humaine.
On t’a connu‖ dans Athène et dans Rome :Plus tard Colomb‖ t’a vu sous les pampas.Mais sur tes yeux‖ de vautour économeSe courbait l’arc‖ d’un sourcil plein d’appas,Et le sommet‖ de ta tête profondeA resplendi‖ sous la crinière blonde.Que Gavarni‖ tourne en dérisionTes six cheveux !‖ Avec décisionLe démêloir‖ en toupet les ramène :Un dieu scalpa,‖ comme l’occasion,Le front serein‖ de la bêtise humaine.
Tu te rêvais‖ député de la SommeDans les discours‖ que tu développas,Et, beau parleur‖ grâce à ton majordome,On te voit fier‖ de tes quatre repas.Lorsqu’en s’ouvrant‖ ta bouche rubicondeVerse au hasard‖ les trésors de Golconde,On cause bas,‖ à ton exclusion,Ou chacun rêve‖ à son évasion.Tu n’as jamais‖ connu ce phénomène :Mais l’ouvrier‖ doubla l’illusionLe front serein‖ de la bêtise humaine.
Comme Pâris,‖ tu tiens toujours la pomme.Dans ton salon,‖ meublé d’un fier lampas,On boit du lait‖ et du sirop de gomme,Et tu n’y peux,‖ selon toi, faire un pasSans qu’à ta flamme‖ une flamme réponde.Dans tes miroirs‖ tu te vois en Joconde.Jamais pourtant,‖ cœur plein d’effusion,Tu n’oublias‖ ta chère infusionPour les rigueurs‖ d’Iris ou de Climène.L’espoir fleurit‖ avec profusionLe front serein‖ de la bêtise humaine.
À ton café,‖ tu te dis brave commeUn Perceval,‖ et toi-même écharpasLe rude Arpin ;‖ ta chiquenaude assomme.Lorsque tu vas,‖ les jambes en compas,On croirait voir‖ un héros de la fronde,Ou quelque preux,‖ vainqueur de Trébizonde.Mais, évitant,‖ avec précisionL’éclat fatal‖ d’une collision,Tu vis dodu‖ comme un chapon du Maine,Pour sauver mieux‖ de toute lésionLe front serein‖ de la bêtise humaine.
Prince des sots,‖ un système qu’on fonde,À son aurore‖ a soif de ta faconde.Toi, tu vivais‖ dans la prévisionEt dans l’espoir‖ de cette invasion :Le réalisme‖ est ton meilleur domaine,Car il charma‖ dès son éclosionLe front serein‖ de la bêtise humaine.
novembre 1856.
Versification
- Forme
- Chant royal (ballade)
- Rimes
- 5(ababccddede) ccddede
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Strophes
- 5 onzains
- Mots à la rime
- a nomme / prudhomme féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquec monde / l’onde féminine, classiqued fusion / vision / provision masculine, classiquee semaine / humaine féminine, classiquea Rome / économe féminine, classiqueb pampas / d’appas masculine, classiquec profonde / blonde féminine, classiqued dérision / décision / l’occasion masculine, classiquee ramène / humaine féminine, classiquea Somme / majordome féminine, classiqueb développas / repas masculine, classiquec rubiconde / Golconde féminine, classiqued exclusion / évasion / l’illusion masculine, classiquee phénomène / humaine féminine, classiquea pomme / gomme féminine, classiqueb lampas / pas masculine, classiquec réponde / Joconde féminine, classiqued d’effusion / infusion / profusion masculine, classiquee Climène / humaine féminine, classiquea comme / assomme féminine, classiqueb écharpas / compas masculine, classiquec fronde / Trébizonde féminine, classiqued précision / collision / lésion masculine, classiquee Maine / humaine féminine, classiquec fonde / faconde féminine, classiqued prévision / invasion / éclosion masculine, classiquee domaine / humaine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes funambulesques, Paris, M. Levy, 1859· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources