Odes funambulesques, 1857· Occidentales
Occidentale huitième
NADAR
Les soirs qu’au vaudeville,‖ en ce moment sauvé,On donne une premièreReprésentation ;‖ quand le gaz relevéCouvre tout de lumière ;
Et, pour mieux éblouir‖ de feux les vils troupeauxAux faces inconnues,Quand, les littérateurs‖ déposant leurs chapeaux,On voit leurs têtes nues ;
Chez tous ces rois à qui‖ la notoriétéEnseigne ses allures,Oh ! Quel spectacle étrange‖ en sa variétéOffrent les chevelures !
Les unes ont l’aspect‖ de l’ébène ; voiciLes châtaines, les fauves,Et les beaux fronts de neige,‖ et l’on remarque aussiLe bataillon des chauves.
C’est le brun Lherminier,‖ Sasonoff et Murger,Et Lemer, doux lévite.Leurs cheveux peuvent dire‖ en chœur avec Burger :« hurrah ! Les morts vont vite ! »
Louis Boyer, qui prit‖ plus d’une AlacielÀ plus d’un roi de Garbe,Dissimule son nez,‖ organe essentiel,Sous de grands flots de barbe.
Son visage pourtant‖ n’est pas seul envahiComme celui d’un serbe,Et de Goy, dont les mots‖ ont un parfum d’aï,N’est pas non plus imberbe !
Car le temps, qui sourit‖ de se voir encenséPar ceux dont il se joue,Met, comme un lierre épars,‖ ce feuillage insenséAutour de notre joue !
Louis Lurine, habile‖ à bien lancer les dards,En a les tempes bleues.Asselineau pourrait‖ fournir des étendardsAux pachas à trois queues.
Méry, chêne au milieu‖ d’arbustes rabougris,A vaincu les épreuves ;Il est majestueux‖ et fort sous son poil grisComme les dieux des fleuves.
Dumas qui pourrait seul,‖ Phébus éthiopien,Chanter la sage Hélène,Abrite des éclairs‖ son crâne olympienSous des touffes de laine ;
Mirecourt dans son ombre,‖ antre de noirs projets,Tente de noyer Planche,Et René Lordereau‖ dans ses boucles de jaisGarde une mèche blanche.
Villemessant, mêlé,‖ comme les vieux railleurs,De faune et de satyre,Se coiffe en brosse. Et puis‖ j’en passe, et des meilleurs !Mais qui pourrait tout dire ?
Théo, roi de l’azur‖ où la muse le suit,Amant de la chimère,En secouant sa tête,‖ à l’entour fait la nuit,Comme un héros d’Homère,
Et Barrière qui va‖ cherchant la véritéSans songer à sa gloire,Montre pleins d’ouragans‖ des yeux d’aigle irritéSous une forêt noire.
À côté d’eux on voit‖ les blonds : c’est Dumas fils,Dont l’ample toison frise,C’est Gaiffe, dont la joue‖ est neige, ivoire et lys,Et la lèvre cerise.
C’est Castille aux anneaux‖ crêpés ; ses yeux ont luiPour quelque étrange rêve,Et son chef lumineux‖ brille comme celuiDe notre grand’mère Ève.
Voillemot resplendit‖ comme un jeune Apollon.Fabuleux météore,Sa tête radieuse‖ au milieu d’un salonFait l’effet d’une aurore.
Banville montre un front‖ qui n’a rien de commun.À tort il l’accompagneDe trois crins hérissés‖ avec fureur, comme unSavetier de campagne.
Arsène Houssaye, à qui‖ souvent, le cœur troublé,Rêvent les jeunes filles,A des cheveux pareils‖ à ceux des champs de bléTombant sous les faucilles.
Ils sont d’or pâle ; ceux‖ du poëte nouveauQui, dans des vers bizarres,A nommé le public :‖ « bête à tête de veau, »Sont jaunes, fins et rares.
La Madelène est rose,‖ et Marchal est vermeilD’une façon hardie,Mais Nadar sur son front‖ aux comètes pareilArbore l’incendie !
décembre 1856.
Versification
- Forme
- 22 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 22(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (44 de 6, 44 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 22 quatrains
- Mots à la rime
- a sauvé / relevé masculine, classiqueb première / lumière féminine, classiquea troupeaux / chapeaux masculine, classiqueb inconnues / nues féminine, classiquea notoriété / variété masculine, classiqueb allures / chevelures féminine, classiquea voici / aussi masculine, classiqueb fauves / chauves féminine, classiquea Murger / Burger masculine, classiqueb lévite / vite féminine, équivalentea Alaciel / essentiel masculine, classiqueb Garbe / barbe féminine, classiquea envahi / d’aï masculine, classiqueb serbe / imberbe féminine, classiquea encensé / insensé masculine, classiqueb joue féminine, classiquea dards / étendards masculine, classiqueb bleues / queues féminine, classiquea rabougris / gris masculine, classiqueb épreuves / fleuves féminine, classiquea éthiopien / olympien masculine, classiqueb Hélène / laine féminine, classiquea projets / jais masculine, classiqueb Planche / blanche féminine, classiquea railleurs / meilleurs masculine, classiqueb satyre / dire féminine, classiquea suit / nuit masculine, classiqueb chimère / d’Homère féminine, classiquea vérité / irrité masculine, classiqueb gloire / noire féminine, classiquea fils / lys masculine, classiqueb frise / cerise féminine, classiquea lui / celui masculine, classiqueb rêve / Ève féminine, classiquea Apollon / salon masculine, classiqueb météore / aurore féminine, classiquea commun / un masculine, classiqueb l’accompagne / campagne féminine, classiquea troublé / blé masculine, classiqueb filles / faucilles féminine, classiquea nouveau / veau masculine, classiqueb bizarres / rares féminine, classiquea vermeil / pareil masculine, classiqueb hardie / l’incendie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes funambulesques, Paris, M. Levy, 1859· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources