Rimes dorées, 1875
L’Apothéose de Ronsard
Prince des Poëtes français
A Prosper Blanchemain le pieux éditeur de Ronsard
O mon Ronsard, ô maîtreVictorieux du mètre,O sublime échansonDe la chanson !
Divin porteur de lyre,Que voulurent élirePour goûter leurs douceursLes chastes Sœurs !
Toi qui, nouveau Pindare,De l’art savant et rareDe Phœbos CynthienFaisant le tien,
A l’ivresse physiqueDe ta folle musiqueSagement as mêléLe rhythme ailé !
Père ! que ma louangeTe célèbre et te venge,Et, comme vers mon Roi,Monte vers toi !
Mais que dis-je ? l’EnvieQui déchira ta vieNe mord plus de bon cœurTon pied vainqueur,
Et, nette de souillure,Ta belle gloire pureVa d’un nouvel essorAux astres d’or.
Ton nom deux fois illustreA retrouvé son lustre,Comme il l’avait jadisAu temps des lys,
Et toi, dans l’aube roseDe ton apothéoseTu marches, l’œil en feu,Ainsi qu’un Dieu.
Tenant ton luth d’ivoire,Près d’une douce LoireA la berceuse voix,Je te revois
Dans un jardin féerique,Où le troupeau lyriqueEnchante de tes versLes bosquets verts.
Là, Du Bellay t’honore,Et je retrouve encorePrès de cette belle eauRemy Belleau
Et Pontus et JodelleEt Dorat, ton fidèle,Et ce chanteur naïf,Le vieux Baïf.
Avec eux, ces Déesses,Les hautaines PrincessesDu sang pur des Valois,Suivent tes lois
Et servent ton HélèneA la suave haleine,De qui la lèvre leurSemble une fleur,
Et Cassandre, et MarieQui, rêveuse, marieLa rose dans sa mainAu blanc jasmin.
Mais Vénus parmi l’herbeEst aussi là, superbe ;Les fleurs, pour la parer,Laissent errer
Leurs ombres sur sa joue ;Quelquefois elle joueAvec l’arc triomphantDe son enfant.
Et les saintes pucelles,Qui mêlent d’étincellesEt de feux adorésLeurs crins dorés,
Levant leurs bras d’albâtre,Vous suivent, chœur folâtreDe votre voix épris,Dans ces pourpris.
Mais voici que tu chantes !Et tes strophes touchantesDéroulent leurs accordsDivins ; alors,
Ronsard, tout fait silence :La fleur qui se balance,Le ruisseau clair, l’oiseauEt le roseau ;
Le Fleuve à la voix rauque,Montrant sa barbe glauque,Fait taire les sanglotsDe ses grands flots ;
Dans les cieux qui te fêtentLes étoiles s’arrêtentEt suspendent les airsDe leurs concerts ;
On n’entend que ton Ode,Qu’après toi, dans le modeAncien, le chœur raviChante à l’envi.
Et chacun s’en récrée,Hélène, Cythérée,Déesses de la cour,Enfant Amour,
Muses aux belles bouches ;Et les astres farouchesRestent silencieuxAu front des cieux.
Avril 1868.
Versification
- Forme
- 27 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 27(aabb)
- Mètre
- Hexasyllabes et tétrasyllabes (81 de 6, 27 de 4)· profil 6, 4
- Strophes
- 27 quatrains
- Mots à la rime
- a maître / mètre féminine, classiqueb échanson / chanson masculine, classiquea lyre / élire féminine, classiqueb douceurs / Sœurs masculine, classiquea Pindare / rare féminine, classiqueb Cynthien / tien masculine, classiquea physique / musique féminine, classiqueb mêlé / ailé masculine, classiquea louange / venge féminine, classiqueb Roi / toi masculine, classiquea l’Envie / vie féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea souillure / pure féminine, classiqueb essor / d’or masculine, classiquea illustre / lustre féminine, classiqueb jadis / lys masculine, classiquea rose / apothéose féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea d’ivoire / Loire féminine, classiqueb voix / revois masculine, classiquea féerique / lyrique féminine, classiqueb vers / verts masculine, classiquea t’honore / encore féminine, classiqueb eau / Belleau masculine, classiquea Jodelle / fidèle féminine, classiqueb naïf / Baïf masculine, classiquea Déesses / Princesses féminine, classiqueb Valois / lois masculine, classiquea Hélène / haleine féminine, classiqueb leur / fleur masculine, classiquea Marie / marie féminine, classiqueb main / jasmin masculine, classiquea l’herbe / superbe féminine, classiqueb parer / errer masculine, classiquea joue féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea pucelles / d’étincelles féminine, classiqueb adorés / dorés masculine, classiquea d’albâtre / folâtre féminine, classiqueb épris / pourpris masculine, classiquea chantes / touchantes féminine, classiqueb accords / alors masculine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb l’oiseau / roseau masculine, classiquea rauque / glauque féminine, classiqueb sanglots / flots masculine, classiquea fêtent / s’arrêtent féminine, classiqueb airs / concerts masculine, classiquea Ode / mode féminine, classiqueb ravi / l’envi masculine, classiquea récrée / Cythérée féminine, classiqueb cour / Amour masculine, classiquea bouches / farouches féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources