Roses de noël, 1878
Feuilles mortes
Eh bien ! si dans mes jours aridesTout fut mensonge et vanité,Je vois ton calme front sans ridesQue pare la sérenité.
Mère toujours belle et chérie,Qui m’as donné l’espoir, la foi,L’amour, ma voix souvent flétrieEst jeune pour parler de toi !
Parmi le tumulte des chosesLes jours peuvent fuir pas à pasEn effeuillant nos pâles roses ;Les ans ne te vieillissent pas.
Et laisse-moi que je t’admire !Sur ton visage qui souritD’un imperceptible sourire,Brille la flamme de l’esprit.
O mère, par qui fut bercéeMon enfance, (le temps moqueurEn passant l’a vite froissée,)Mère adorable de mon cœur !
Ton regard où le mien se noie,Après tant de jours égrenés,Reste encor la meilleure joieDe ces yeux que tu m’as donnés.
Mère, le mot qui nous consoleDe nos trésors anéantis,C’est toujours la même paroleQui nous endormait tout petits.
Je m’enivrais, ô cher mensonge !D’espoirs vainement caressés.Que me reste-t-il, quand j’y songe ?Tu m’aimes ! c’est bien. C’est assez.
Je suivais l’ombre insaisissable ;J’ai vécu, j’ai chanté mes vers,J’ai fait des escaliers de sablePour atteindre les rameaux verts !
Mes il fallait des mains plus fortes,Et mon bras, vers le ciel tendu,N’a trouvé que des feuilles mortesAu lieu du laurier attendu.
Ici-bas, où rien ne s’achève,Où chaque espoir tombe et s’enfuit,Toutes le roses de mon rêve,S’effeuillent, au vent de la nuit ;
Mais ce bien charmant et suprême,Ce talisman qui me défend,Ton amour est resté le mêmePour moi, ton fils, non, ton enfant.
16 février 1863.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a arides / rides féminine, classiqueb vanité / sérenité masculine, classiquea chérie / flétrie féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb pas masculine, classiquea t’admire / sourire féminine, classiqueb sourit / l’esprit masculine, classiquea bercée / froissée féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea noie / joie féminine, classiqueb égrenés / donnés masculine, classiquea console / parole féminine, classiqueb anéantis / petits masculine, classiquea mensonge / songe féminine, classiqueb caressés / assez masculine, classiquea insaisissable / sable féminine, classiqueb vers / verts masculine, classiquea fortes / mortes féminine, classiqueb tendu / attendu masculine, classiquea s’achève / rêve féminine, classiqueb s’enfuit / nuit masculine, classiquea suprême / même féminine, classiqueb défend / enfant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources