Sonnailles et clochettes, 1888
IX. La Pluie
Ce temps-là ne m’a pas dépluEt son rhythme obstiné me grise.Mais, chers amis, comme il a plu !Comme l’atmosphère était grise !
Lorsqu’elle tombe drue encorEt que le soleil la traverse,Alors la pluie est tout en orEt sa longue chanson me berce.
Puis le rayon vermeil, avecFierté, s’enfuit comme une flèche.Selon le beau symbole grec,Danaé, c’est la Terre sèche.
Sans qu’on lui reproche aucun tort,Meurtrie et toute malheureuse,Elle se tourmente et se tord,Comme une personne amoureuse.
Elle cherche en vain le repos,Car elle brûle. Mais la pluieD’or, vient caresser à proposCette princesse qui s’ennuie.
Il fera bon pour l’Opéra,Puisqu’à mars juillet s’assimile ;Dans les théâtres, on fera,Comme au cœur de l’hiver, six mille.
Dans le mystérieux étherOù sa fantaisie est diverse,Du grand ciel d’en haut, JupiterA plu, j’ose le dire, à verse.
Il est venu dans cet air bleuQu’il inonde, orage ou rosée,Et, tout de bon, la Terre en feuPeut dire qu’elle est arrosée.
Qu’elle trouve une douce voixLa pâle victime qu’on tente !Mais par exemple, cette fois,Si Danaé n’est pas contente !…
14 juillet 1888.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a déplu / plu masculine, classiqueb grise féminine, classiquea encor / or masculine, classiqueb traverse / berce féminine, classiquea avec / grec masculine, classiqueb flèche / sèche féminine, classiquea tort / tord masculine, classiqueb malheureuse / amoureuse féminine, classiquea repos / propos masculine, classiqueb pluie / s’ennuie féminine, classiquea l’Opéra / fera masculine, classiqueb s’assimile / mille féminine, classiquea éther / Jupiter masculine, classiqueb diverse / verse féminine, classiquea bleu / feu masculine, classiqueb rosée / arrosée féminine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb tente / contente féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources