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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sonnailles et clochettes, 1888

XXII. Peinture

Théodore de Banville· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

Elle était blanche comme un cygneEt parfaitement nue, et puisSans aucune feuille de vigne,Car elle sortait de son puits.

Moi, je pris le blanc et le rougeEt sur son visage et son flanc,Sans souci du zéphyr qui bouge,Fier, je mis du rouge et du blanc.

Avec ces couleurs de théâtre,Que sans remords nous étalons,Je maquillai son corps folâtreDe la nuque jusqu’aux talons.

Et je disais : Le Beau respireChez l’auteur suave et mesquin ;Aussi doit-on, fuyant Shakspere,Aimer éperdûment Berquin !

Épris de la gloire et du lucre,Il serait bon qu’on les briguâtAvec une Revue en sucreEt des romanciers en nougat !

Pas de choses éblouissantes !Foin de la Rose au cœur vermeil !Surtout craignez les indécentesÉclaboussures de soleil !

On peut célébrer le Hanôvre,Ou Londres, avec Tom et Bob ;Mais que la rime soit très pauvre !Oh ! beaucoup plus pauvre que Job !

Certes, le vrai morceau de princeQu’il faut louanger en un lai,C’est une demoiselle, minceComme un svelte manche à balai.

Le style très sobre, sans honteAvec la vertu correspond :Ce sont les vrais lions de fonteQui rugissent au bout du pont !

Ainsi je parlais, magnanime,Tâchant, dans ma péroraison,D’agenouiller la nymphe RimeSous le dur fouet de la Raison.

Et toujours, avec politesse,Éteignant la pourpre du sang,Parmi les lys de la déesseJe mettais du rouge et du blanc.

Et comme, en cette ardente fièvre,Sur le rouge, sans l’effacer,Je passais la patte de lièvre,Un critique vint à passer.

Alors, tout à coup faisant halte,Oubliant sa rédaction,Il admira, droit sur l’asphalte,Mes discours et mon action.

Que vois-je ? Quel est ce prodige ?Dit-il avec sévérité.Que faites-vous là ? — Moi ? lui dis-je ;Mais — je farde la Vérité !

13 novembre 1888.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a cygne / vigne féminine, classiqueb puis / puits masculine, classiquea rouge / bouge féminine, classiqueb flanc / blanc masculine, classiquea théâtre / folâtre féminine, classiqueb étalons / talons masculine, classiquea respire / Shakspere féminine, classiqueb mesquin / Berquin masculine, classiquea lucre / sucre féminine, classiqueb briguât / nougat masculine, classiquea éblouissantes / indécentes féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea Hanôvre / pauvre féminine, classiqueb Bob / Job masculine, classiquea prince / mince féminine, classiqueb lai / balai masculine, classiquea honte / fonte féminine, classiqueb correspond / pont masculine, classiquea magnanime / Rime féminine, classiqueb péroraison / Raison masculine, classiquea politesse / déesse féminine, classiqueb sang / blanc masculine, classiquea fièvre / lièvre féminine, classiqueb l’effacer / passer masculine, classiquea halte / l’asphalte féminine, classiqueb rédaction / action masculine, classiquea prodige / dis-je féminine, classiqueb sévérité / Vérité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources