Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sonnailles et clochettes, 1888

XLIV. Scientifique

Théodore de Banville· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

Lentement, vers la fin du jour,Une voix murmurait dans l’ombre :Amour ! Amour ! Amour ! Amour !Au milieu de la forêt sombre.

Quelqu’un disait : L’essentielN’est pas la gloire et sa fumée.Non, le vrai, c’est de voir le cielDans les yeux de la bien-aimée.

Une bouche peut s’embraserLorsqu’une autre bouche s’y pose.On voit dans le divin baiserL’éblouissement d’une rose.

La haie en fleur, l’étang dormantOnt le souffle qui vous enivre.Pour être heureux tout bêtement,Il suffit de se laisser vivre.

Écoute l’yeuse et le pin !Bon laboureur, chéris ta femmeEt baise-la comme du pain,Tandis que le bon air t’affame.

Quant aux hors-d’œuvre superflus,Ami, bien fol est qui s’y fie.Et l’on ne trouve rien de plusDans toute la philosophie.

Ainsi parlait, génie, esprit,Je ne sais qui, dans l’ombre noire,Au bois où l’églantier fleuritPrès de l’étang glacé de moire.

J’écoutais, regardant les cieuxOù s’allume la chrysoprase,Et je marchais, silencieux,D’un pas léger, sur l’herbe rase.

Je trouvais les instants bien courts,Dans la grande forêt magique,Et je dis : Quel est ce discoursSi raisonnable et si logique ?

Et tandis que tombait la nuit,Écartant le houx et la ronce,Je marchais sans faire de bruit,Car j’attendais une réponse.

Les oiseaux, chers petits bandits,Mettaient les branches au pillage.Bientôt, près de moi, j’entendisUn froissement dans le feuillage.

Pâle dans le fluide azur,Âme que le bruit importune,Avec son blanc visage purApparaissait la douce lune ;

Et, chœurs envolés, se nouantParmi les zéphyrs qui soupirent,Je vis des Nymphes se jouant,Blanches figures, qui me dirent :

Oui, tu peux t’instruire, en effet,Au bruit de la brise et des ailes.Quel est ce discours tout à faitSage ? continuèrent-elles,

En jetant leurs cheveux flottantsSur leurs tuniques sans agrafes :C’est la chère voix du PrintempsQui parle dans nos phonographes !

17 septembre 1889.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a jour / Amour masculine, classiqueb l’ombre / sombre féminine, classiquea L’essentiel / ciel masculine, classiqueb fumée / bien-aimée féminine, classiquea s’embraser / baiser masculine, classiqueb pose / rose féminine, classiquea dormant / bêtement masculine, classiqueb enivre / vivre féminine, classiquea pin / pain masculine, classiqueb femme / t’affame féminine, classiquea superflus / plus masculine, classiqueb fie / philosophie féminine, classiquea esprit / fleurit masculine, classiqueb noire / moire féminine, classiquea cieux / silencieux masculine, classiqueb chrysoprase / rase féminine, classiquea courts / discours masculine, classiqueb magique / logique féminine, classiquea nuit / bruit masculine, classiqueb ronce / réponse féminine, classiquea bandits / j’entendis masculine, classiqueb pillage / feuillage féminine, classiquea azur / pur masculine, classiqueb importune / lune féminine, classiquea nouant / jouant masculine, classiqueb soupirent / dirent féminine, classiquea effet / fait masculine, classiqueb ailes / continuèrent-elles féminine, classiquea flottants / Printemps masculine, classiqueb agrafes / phonographes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources