Sonnailles et clochettes, 1888
LII. Sursum !
Dans ce Paris, cul-de-sacInventé par feu Balzac,Le plus humble mammifèreNous parle d’Influenza.Une chanson de RosaFerait bien mieux notre affaire.
Sur notre front, clair et beau,Toujours brilla le flambeauQui dissipe les ténèbres.Le savetier GavarniFit notre soulier verni.Donc, ne soyons pas funèbres !
Pour amuser nos destinsNous avons les doux satins,L’or tramé, la pourpre insigne.C’est chez nous qu’Ève aux beaux yeuxS’en délecte et sait le mieuxPorter ces feuilles de vigne.
O toi, dont le petit nezA des reflets satinésSous le zéphyr qui le fripeEt qui baise tes appas,Femme, ne te laisse pasÉtonner par une grippe !
L’homme, qui s’est nommé roi,Garde le pouvoir ; mais toi,Sa dédaigneuse compagne,Qui toujours le mets dedans,Rafraîchis tes blanches dentsSur la mousse du champagne.
Les théâtres, — je les plains,Ne sont pas tout à fait pleins.A la meilleure des villesNous permettrons ce défaut ;Et nous saurons, s’il le faut,Nous passer de vaudevilles.
Tentons-le, c’est un essai.Et tout en plaignant Sarcey,Dont le cher cœur en soupire,Devant les rubis du feu,Près d’une amante à l’œil bleu,On pourra lire Shakspere.
Le meilleur régal qu’on sertN’est pas au café-concert.Ce sont les douces diphthonguesEt les mots imitatifsQue les amoureux furtifsDisent sur les chaises longues.
Que Gluck et CimarosaFassent taire Influenza !Car c’est une douce choseDe chanter Amaryllis,Tant que sur un sein de lysFleurit un bouton de rose.
Nous cherchions le trésor ; maisNous savons tout, désormais.La Science, triste sphinge,En son babil indiscretNous a dit le grand secret :Nous descendons tous du Singe.
Nos aïeux, contents de peu,Avaient le bout du nez bleu.Mais la meilleure sagesseQue l’on doive éterniser,Croyez-le, c’est de baiserLa bouche de la Singesse.
7 janvier 1890.
Versification
- Forme
- 11 sizains (sizains)
- Rimes
- 11(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 11 sizains
- Mots à la rime
- a cul-de-sac / Balzac masculine, classiqueb mammifère / affaire féminine, classiquec d’Influenza / Rosa masculine, classiquea beau / flambeau masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquec Gavarni / verni masculine, classiquea destins / satins masculine, classiqueb insigne / vigne féminine, classiquec yeux / mieux masculine, classiquea nez / satinés masculine, classiqueb fripe / grippe féminine, classiquec appas / pas masculine, classiquea roi / toi masculine, classiqueb compagne / champagne féminine, classiquec dedans / dents masculine, classiquea plains / pleins masculine, classiqueb villes / vaudevilles féminine, classiquec défaut / faut masculine, classiquea essai / Sarcey masculine, classiqueb soupire / Shakspere féminine, classiquec feu / bleu masculine, classiquea sert / café-concert masculine, classiqueb diphthongues / longues féminine, classiquec imitatifs / furtifs masculine, classiquea Cimarosa / Influenza masculine, classiqueb chose / rose féminine, classiquec Amaryllis / lys masculine, classiquea mais / désormais masculine, classiqueb sphinge / Singe féminine, classiquec indiscret / secret masculine, classiquea peu / bleu masculine, classiqueb sagesse / Singesse féminine, classiquec éterniser / baiser masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources