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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sonnailles et clochettes, 1888

LV. Vendeur

Théodore de Banville· 17 quatrains, octosyllabes, 68 vers

Dans les immenses magasins,Le commis à voix suborneuseEnvié par tous ses voisins,Charme une dame promeneuse.

Madame, arrêtez-vous un peu !Cieux étoilés, flammes fleuries,Nous avons tout le nouveau jeuFlamboyant dans nos galeries.

Parcourez nos rayons de blanc.Ne fuyez pas ! Voyez nos toiles.Jamais une Ève sur son flancN’eut de telles blancheurs d’étoiles.

Quant à nos concurrents songeurs,Ils n’ont pas des toiles de FriseComme en trouvent nos voyageurs.C’est bien là ce qui les défrise.

Pour les mystérieux combats,Où parfois la victoire est vague,Nous avons des paires de basQu’on fait passer dans une bague.

Grâce à la douceur de nos gants,Une héroïne, sans paresse,Peut souffleter les ouragans.Ils penseront qu’on les caresse.

Ah ! madame, il n’est pas besoinDe vous faire des plaidoiriesQui nous entraîneraient trop loin.Voyez, s’il vous plaît, nos soieries.

En ses vertigineux essors,La Renommée emporte et chanteNos clairs surahs et nos tussorsDont le brillant tissu l’enchante.

Certes, nos satins merveilleuxSavent avec beaucoup de gloireAbriter les rocs sourcilleuxQue parent des blancheurs d’ivoire,

Et le conducteur du troupeauSourit, l’âme pleine de joie,S’il voit une vivante peauTressaillir sous nos peaux de soie.

La beauté par nous resplendit,Car sous quelle défroque a-t-elle,Franchement, un air plus banditQu’en portant notre brocatelle ?

Ainsi le bon mercier parlaD’une voix aux flûtes pareille.Mais à tous ces beaux discours, laDame faisait la sourde oreille.

Madame, enfin que voulez-vous ?Dit le commis, chantant sa gammeEt cherchant les mots les plus doux.Ce que je veux ? répond la dame.

Ah ! lorsque le jour est venu,Le vrai bonheur, c’est d’être aiméePar un noble cœur ingénu.Tout le reste n’est que fumée.

Comme à l’auberge des Adrets,On nous vole. Robert MacairePoursuit les femmes. Je voudraisTrouver un amour non précaire,

Et surtout que, jamais atteintPar le sort dont souffrit Hélène,Ce fidèle amour fût bon teint,Sans nulle éraflure, et tout laine.

Je vous comprends, dit le commisEt, les yeux pleins de vagues flammes,Il ajouta, d’un ton soumis :Voyez par là. Rayon des âmes !

18 février 1890.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a magasins / voisins masculine, classiqueb suborneuse / promeneuse féminine, classiquea peu / jeu masculine, classiqueb fleuries / galeries féminine, classiquea blanc / flanc masculine, classiqueb toiles / d’étoiles féminine, classiquea songeurs / voyageurs masculine, classiqueb Frise / défrise féminine, classiquea combats / bas masculine, classiqueb vague / bague féminine, classiquea gants / ouragans masculine, classiqueb paresse / caresse féminine, classiquea besoin / loin masculine, classiqueb plaidoiries / soieries féminine, classiquea essors / tussors masculine, classiqueb chante / l’enchante féminine, classiquea merveilleux / sourcilleux masculine, classiqueb gloire / d’ivoire féminine, classiquea troupeau / peau masculine, classiqueb joie / soie féminine, classiquea resplendit / bandit masculine, classiqueb a-t-elle / brocatelle féminine, classiquea parla / la masculine, classiqueb pareille / oreille féminine, classiquea voulez-vous / doux masculine, classiqueb gamme / dame féminine, classiquea venu / ingénu masculine, classiqueb aimée / fumée féminine, classiquea Adrets / voudrais masculine, classiqueb Macaire / précaire féminine, classiquea atteint / teint masculine, classiqueb Hélène / laine féminine, classiquea commis / soumis masculine, classiqueb flammes / âmes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources