Ïambes et poèmes, 1831· Lazare
Prologue
Je m’embarque aujourd’hui‖ sur la plaine brumeuseOù le vent souffle, et, sans repos,Hérisse les crins verts‖ de la vague écumeuse,Et bondit sur son large dos.
À travers le brouillard‖ et l’onde qui me mouille,Les cent voix du gouffre béant,Je m’en vais aborder‖ ce grand vaisseau de houilleQui fume au sein de l’océan,
La nef aux flancs salés‖ qu’on nomme l’Angleterre.Ô sombre et lugubre vaisseau,Je vais voir ce qu’il faut‖ de peine et de misèrePour te faire flotter sur l’eau !
Je vais voir si les mers‖ nouvelles où tu traînesLa flottille des nationsAuront moins de vaincus,‖ de victimes humaines,Ensevelis dans leurs sillons ;
Si le pauvre Lazare‖ est toujours de ce monde,Et si, par ta voile emporté,Toujours les maigres chiens‖ lèchent la plaie immondeQui saignait à son flanc voûté.
Ah ! Ma tâche est pénible‖ et grande mon audace !Je ne suis qu’un être chétif,Et peut-être bien fou,‖ contre une telle masseD’aller heurter mon frêle esquif ;
Je sais que bien souvent,‖ ô puissante Angleterre !Des rois et des peuples altiersOnt vu leurs armements‖ et leur grande colèreSe fondre en écume à tes pieds ;
Je connais les débris‖ qui recouvrent la plage,Les mâts rompus et les corps morts ;Mais il est dans le ciel‖ un Dieu qui m’encourageEt qui m’entraîne loin des bords.
Ô toi ! Qui du plus haut‖ de cette voûte ronde,D’un œil vaste et toujours en feux,Sondes les moindres coins‖ des choses de ce mondeEt perces les plus sombres lieux ;
Toi qui lis dans les cœurs‖ de la famille humaineJusqu’au dessein le plus caché,Et qui vois que le mien‖ par le vent de la haineN’est pas atteint et desséché ;
Ô grand Dieu ! Sois pour moi‖ ce que sont les étoilesPour le peuple des matelots ;Que ton souffle puissant‖ gonfle mes faibles voiles,Pousse ma barque sur les flots ;
Écarte de mon front‖ les ailes du vertige,Éloigne cet oiseau des mersQui tout autour des mâts‖ se balance et voltige ;Et, dans le champ des flots amers,
Quelles que soient, hélas !‖ Les choses monstrueusesDont mon œil soit épouvanté,Oh ! Maintiens-moi toujours‖ dans les routes heureusesDe l’éternelle vérité.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a brumeuse / écumeuse féminine, classiqueb repos / dos masculine, classiquea mouille / houille féminine, classiqueb béant / l’océan masculine, non classiquea l’Angleterre / misère féminine, classiqueb vaisseau / l’eau masculine, classiquea traînes / humaines féminine, classiqueb nations / sillons masculine, classiquea monde / immonde féminine, classiqueb emporté / voûté masculine, classiquea audace / masse féminine, classiqueb chétif / esquif masculine, classiquea Angleterre / colère féminine, classiqueb altiers / pieds masculine, classiquea plage / m’encourage féminine, classiqueb morts / bords masculine, classiquea ronde / monde féminine, classiqueb feux / lieux masculine, classiquea humaine / haine féminine, classiqueb caché / desséché masculine, classiquea étoiles / voiles féminine, classiqueb matelots / flots masculine, classiquea vertige / voltige féminine, classiqueb mers / amers masculine, classiquea monstrueuses / heureuses féminine, classiqueb épouvanté / vérité masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Iambes et poèmes, Paris, Paul Masgana, 1840· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources