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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Ïambes et poèmes, 1831· Ïambes

Toutes les muses

Auguste Barbier· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 45 vers

Toutes les muses glorieusesN’ont pas au front le calme‖ et la sérénité,Et dans le chœur sacré‖ de ces nobles chanteusesPlus d’une grande voix‖ sonne avec âpreté.L’une épanche son âme‖ en plaintes infernales,Par les bois, et les monts,‖ et les flots voyageurs ;L’autre, frappant au seuil‖ des demeures royales,Des monarques tombés,‖ des grands usurpateurs,Chante les tragiques douleurs ;Une troisième, enfin,‖ la muse populaire,Se plaît dans la vapeur‖ des immenses cités ;Tantôt sa voix grave et sévèreGourmande le torrent‖ des esprits révoltés,Ou, bruyante comme un tonnerre,Roule une marseillaise‖ aux faubourgs irrités.Lecteur ! Telle est la muse fièreQui par un temps d’orage‖ apparut à mes yeux,Et que depuis ce jour‖ dans les gouffres de pierreSuivirent mes pas hasardeux.Je sais qu’il en est de plus belles,Dont le chant toujours plane‖ aux voûtes éternelles ;Mais j’aime cette muse‖ à l’égal de ses sœurs :Elle montre le bien‖ aux âmes indociles,Sans crainte elle s’abaisse‖ aux choses les plus viles,Et trouve quelquefois‖ dans la fange des villesÀ consoler les cœurs.Or, j’ai voulu‖ tenter une œuvre austère,Par la triple clameur‖ d’un concert menaçant,J’ai voulu détourner‖ les enfants de la terreDes noirs excès du temps présent.Effort laborieux,‖ peut-être téméraire !Peut-être, hélas ! Ai-je entreprisPlus que je ne voulais‖ et plus que je ne puis !Pourtant, si dans sa course‖ impétueuse, ardente,La muse fille des citésNe m’a pas toujours vu‖ marcher à ses côtés,Je me suis dirigé‖ sur sa voix éclatante.Malgré mon pas tardif,‖ ô lecteur souverain !J’ai toujours retenu‖ dans mon cœur la maximeQui tombe si souvent‖ de ses lèvres d’airain ;Toujours je me suis dit :‖ en ce monde incertain,Quels que soient les partis‖ qui commettent le crime,En face de l’injure‖ et du mal indompté,Le poète doit être‖ un protestant sublimeDu droit et de l’humanité.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[abab] 1[ababb] 1[ababcbcdcd] 2[aa] 1[abbba] 1[ababa] 1[abba] 1[abaabcbc]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 11 de 8, 1 de 6, 1 de 10)· profil 8, 6+6, (4+6), (6)
Mots à la rime
a glorieuses / chanteuses féminine, classiqueb sérénité / âpreté masculine, classiquea infernales / royales féminine, classiqueb voyageurs / usurpateurs / douleurs masculine, classiquea populaire / sévère féminine, classiqueb cités / révoltés / irrités masculine, classiquec tonnerre / fière / pierre féminine, classiqued yeux / hasardeux masculine, classiquea belles / éternelles féminine, classiquea sœurs / cœurs masculine, classiqueb indociles / viles / villes féminine, classiquea austère / terre / téméraire féminine, classiqueb menaçant / présent masculine, classiquea entrepris / puis masculine, classiquea ardente / éclatante féminine, classiqueb cités / côtés masculine, classiquea souverain / d’airain / incertain masculine, classiqueb maxime / crime / sublime féminine, classiquec indompté / l’humanité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Iambes et poèmes, Paris, Paul Masgana, 1840· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources