Les Pleureuses, 1895· La lampe
L’ouvrière
La vie imparfaite.
Ta blanche lampe t’illumine,Quand frileuse, ayant peur du bruit,Tu travailles tard dans la nuitÀ quelque tâche un peu divine.
Déjà ton labeur est moins sûr…Tu lèves les yeux, comme un crime,Tu vois venir la paix sublime,Et la charité de l’azur.
Humble devant ta destinéeTu sombres doucement en tout…Le sommeil a surpris ton cou,Tu te redresses, étonnée…
Pauvre enfant qui n’a pas régné,Pauvre femme, pauvre princesse…Voici qu’en ce soir de caresseTon cœur trop paisible a saigné.
Et nul n’est là pour te sourire,Et doucement, tu te souris.L’ombre a des rideaux attendris…Tu t’étonnes d’être martyre.
Et la misère de tes mainsS’entr’ouvre ; la lampe t’embrase,De tes regards voilés d’extaseTu sens couler des pleurs humains…
Sous le rayonnement suprême,L’ouvrage s’affaisse et s’endort,Et pleine de paresse d’orTu t’émerveilles de toi-même.
C’est le bonheur très bon, sans fin,La bénédiction sans cause,En la pauvre âme pauvre éclosePour qui la fatigue est du pain.
La nuit est indistincte et sage,Elle chante à mi-voix le jour,L’ombre est pleine d’un grand amourComme une chose qu’on partage.
Faible en même temps et vainqueur,Tu recueilles le grand silence,La bonne et douce récompenseQui te caresse jusqu’au cœur.
La lumière pauvre et profondeT’enveloppe d’enchantement,Tu souris, tu crois vaguementSentir la justice du monde.
Béni, celui qui vit ses yeuxÉblouis par un bon mystère,Bénis, ceux qui trouvent sur terreLe vague salut d’être heureux !…
Tendrement, tu luttes encoreEt comme une grâce des cieux,Le sommeil exauce tes yeuxEt le front penché qui l’adore.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a t’illumine / divine féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea sûr / l’azur masculine, classiqueb crime / sublime féminine, classiquea destinée / étonnée féminine, classiqueb tout / cou masculine, non classiquea régné / saigné masculine, classiqueb princesse / caresse féminine, classiquea sourire / martyre féminine, classiqueb souris / attendris masculine, classiquea mains / humains masculine, classiqueb t’embrase / d’extase féminine, classiquea suprême / toi-même féminine, classiqueb s’endort / d’or masculine, non classiquea fin / pain masculine, classiqueb cause / éclose féminine, classiquea sage / partage féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea vainqueur / cœur masculine, classiqueb silence / récompense féminine, classiquea profonde / monde féminine, classiqueb d’enchantement / vaguement masculine, classiquea yeux / heureux masculine, classiqueb mystère / terre féminine, classiquea encore / l’adore féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources