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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Pleureuses, 1895· La lampe

La fatigue

Henri Barbusse· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

Un peu de pitié s’apitoie.

Voici que ta pensée exquiseS’est fermée à mes doigts amis,Et que ton sommeil éterniseLe sourire où tu t’endormis.

Voici que la lampe agonise,Que le rêve entre au salon vieuxEt que la fatigue indéciseVient doucement fermer les yeux…

Elle dort, la tête poséeSur le sombre fauteuil profond,Et la fatigue est la roséeQui pleure la paix sur mon front.

Les hommes passent sur la route,Et moi, très las et les yeux clos,Je suis la douceur et j’écoute.Toutes les voix sont mes sanglots.

Ô nuit qui fait que toute flammeAttend avec un tremblement,Ô foyer tiède, comme une âmeQui se rapproche lentement.

Ouvre la veille sans secousse,Paix d’azur qui viens m’effleurer…La fatigue devient très douce,Le vent s’arrête pour pleurer.

Ma lampe est ma sœur de lumière,La sœur des instants confondus,Et je vois son âme en prièreÀ travers mes regards perdus.

Elle est la sœur d’anciennes fêtesÀ demi mortes dans mes yeux,L’auréole de chères têtesAu fond d’un bal mystérieux.

Maintenant, puisqu’elle se voile,On sent la nuit, sanglot profond,Et furtivement, les étoilesAux fenêtres du vieux salon.

Et c’est le matin de décembreBrouillé dans l’âme des danseurs…Le feu doit mourir dans la chambre,Mes mains ont froid pour tous les cœurs.

Et tout près, ma lampe, il me semble.S’ébauche avec timidité,Et c’est une étoile qui trembleAvec son cœur de charité !…

Chastes souvenirs sans demeureVous entrez au foyer d’hiver,Vous sanglotez comme cette heure,Vous ne dites rien, comme hier.

Vous venez, vagues, sur la terre,Vous venez au calme moment,Lorsque le grand soir de misèreEst sur la route infiniment.

Ma lampe, c’est ma sœur d’opale,L’ange qui veille au soir si court,Lorsque, dressé sur le ciel pâle,Le grand vitrage attend le jour.

Pauvre âme, rêve ton long rêve,Tu ne sais rien lorsqu’il est là.Et lorsque le matin se lève,Il est pauvre de tout cela.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a exquise / éternise féminine, classiqueb amis / t’endormis masculine, classiquea agonise / indécise féminine, classiqueb vieux / yeux masculine, classiquea posée / rosée féminine, classiqueb profond / front masculine, classiquea route / j’écoute féminine, classiqueb clos / sanglots masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb tremblement / lentement masculine, classiquea secousse / douce féminine, classiqueb m’effleurer / pleurer masculine, classiquea lumière / prière féminine, classiqueb confondus / perdus masculine, classiquea fêtes / têtes féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea voile / étoiles féminine, non classiqueb profond / salon masculine, non classiquea décembre / chambre féminine, classiqueb danseurs / cœurs masculine, classiquea semble / tremble féminine, classiqueb timidité / charité masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb d’hiver / hier masculine, classiquea terre / misère féminine, classiqueb moment / infiniment masculine, classiquea d’opale / pâle féminine, classiqueb court / jour masculine, non classiquea rêve / lève féminine, classiqueb là / cela masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources