Les Pleureuses, 1895· Très vieux rêves
Repos
Dans l’espace qui n’a rien fait…
Dans la fièvre des nuits en feu,Dans la rumeur des avalanches,J’ai rêvé de ces maisons blanchesQui reposent sous le ciel bleu.
Nous viendrons aimer auprès d’elle,L’oubli vide des grands malheurs,L’herbe toute nue et les fleursParmi les tombes maternelles.
J’aime la mort qui consolaLes vieux cœurs dans le grand silence.Tout le ciel sourit d’innocence ;Mes souvenirs sont venus là.
Pauvre rêve d’un pauvre artiste,Une croix se dresse sur eux,Si calme que je suis heureux,Et si simple que je suis triste.
Ils dorment dans le jour calmé,Sous le ciel où plus rien ne change,Les yeux émus du petit angeQue mon amour a tant aimé.
C’est la bonté de chaque choseQui remue à peine parfois.Le soleil s’endort sur les toits,Je sens mon âme qui repose.
Mon ombre obscure pas à pasMarche avec moi dans la tristesse.Là-bas, là-bas, c’est ma jeunesse…Je ne sais plus, je ne sais pas.
J’aime beaucoup les fleurs fidèlesQui sont douces au marbre étroit,Et qui seraient douces pour moiSi je dormais à côté d’elles.
De petits oiseaux noirs, en chœur,Dorment sur les branches dormantes,Et les fleurs jaunes et les menthesNous parfument de tout leur cœur.
C’est l’azur si bon sur la plaine,Les chemins blancs et les murs blancs.Les aveux, les pardons tremblantsEt les pauvres âmes en peine ;
Le vieux banc où je viens m’asseoir,La prière où l’on s’abandonne,Et le ciel ému qui pardonneDepuis le matin jusqu’au soir.
Tout le long des vieilles chapelles,Pauvre martyr, je vais tout droit ;Elles sont calmes comme moi,Je mourrai doucement comme elles.
Les cœurs sont calmes sous les cieux,Dans les champs d’or, sous le bleu pâle…Belle vierge au visage ovale,Soyez douce comme vos yeux.
N’enviez plus ma tyrannie,Tout mon malheur est de l’amour.Mes pas sont vides dans le jour,Vous pourrez aimer mon génie.
Il s’est tu, le cœur triomphant.Je viens à la fin de mon âgeDans un dernier pèlerinage,Le voir dormir comme un enfant.
Je m’en vais parmi la journée,Le soir est long. Je ne sais pasDans quel grand naufrage, là-bas,Viendra mourir ma destinée.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a feu / bleu masculine, classiqueb avalanches / blanches féminine, classiquea d’elle / maternelles féminine, non classiqueb malheurs / fleurs masculine, classiquea consola / là masculine, classiqueb silence / d’innocence féminine, classiquea artiste / triste féminine, classiqueb eux / heureux masculine, classiquea calmé / aimé masculine, classiqueb change / ange féminine, classiquea chose / repose féminine, classiqueb parfois / toits masculine, classiquea pas masculine, classiqueb tristesse / jeunesse féminine, classiquea fidèles / d’elles féminine, classiqueb étroit / moi masculine, non classiquea chœur / cœur masculine, classiqueb dormantes / menthes féminine, classiquea plaine / peine féminine, classiqueb blancs / tremblants masculine, classiquea m’asseoir / soir masculine, classiqueb s’abandonne / pardonne féminine, classiquea chapelles / elles féminine, classiqueb droit / moi masculine, non classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb pâle / ovale féminine, classiquea tyrannie / génie féminine, classiqueb l’amour / jour masculine, classiquea triomphant / enfant masculine, classiqueb âge / pèlerinage féminine, classiquea journée / destinée féminine, classiqueb pas / là-bas masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.5
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources