Les fleurs du mal, 1861· Spleen et idéal
XLVI. À celle qui est trop gaie
Ta tête, ton geste, ton airSont beaux comme un beau paysage ;Le rire joue en ton visageComme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôlesEst ébloui par la santéQui jaillit comme une clartéDe tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleursDont tu parsèmes tes toilettesJettent dans l’esprit des poètesL’image d’un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblèmeDe ton esprit bariolé ;Folle dont je suis affolé,Je te hais autant que je t’aime !
Quelquefois dans un beau jardinOù je traînais mon atonie,J’ai senti, comme une ironieLe soleil déchirer mon sein ;
Et le printemps et la verdureOnt tant humilié mon cœur,Que j’ai puni sur une fleurL’insolence de la nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,Quand l’heure des voluptés sonne,Vers les trésors de ta personneComme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,Pour meurtrir ton sein pardonné,Et faire à ton flanc étonnéUne blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur !A travers ces lèvres nouvelles,Plus éclatantes et plus belles,T’infuser mon venin, ma sœur !
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a air / clair masculine, classiqueb paysage / visage féminine, classiquea frôles / épaules féminine, classiqueb santé / clarté masculine, classiquea couleurs / fleurs masculine, classiqueb toilettes / poètes féminine, classiquea l’emblème / t’aime féminine, classiqueb bariolé / affolé masculine, classiquea jardin / sein masculine, classiqueb atonie / ironie féminine, classiquea verdure / nature féminine, classiqueb cœur / fleur masculine, classiquea nuit / bruit masculine, classiqueb sonne / personne féminine, classiquea joyeuse / creuse féminine, classiqueb pardonné / étonné masculine, classiquea douceur / sœur masculine, classiqueb nouvelles / belles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources